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Mali : la junte face à un échec sécuritaire cuisant, le JNIM expose l’illusion souverainiste

Publié le 21 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Les événements du printemps 2026 ne signalent pas un simple revers militaire, mais un profond désaveu du projet politique que la junte malienne promeut depuis 2021. Malgré une rhétorique triomphante, le régime de Bamako n’aurait pas pu se maintenir sans le soutien des mercenaires russes d’Africa Corps, qui ont pris une place prépondérante dans l’actualité Sahel francophone.

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En érigeant la « souveraineté sécuritaire » comme pilier de sa légitimité, le gouvernement militaire a bâti un discours fondé sur une promesse claire : libéré de toute influence extérieure, l’État malien reprendrait enfin le contrôle total de son territoire. Trois ans plus tard, les faits contredisent largement cette assertion, alimentant le débat sur la Sahel politique.

L’offensive coordonnée menée par le JNIM fin avril, en collaboration avec les indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad, a simultanément frappé des localités stratégiques telles que Kidal, Gao, Mopti et les environs de Bamako. Cette série d’attaques représente un camouflet stratégique majeur pour la junte.

Le décès du ministre de la Défense, Sadio Camara, figure centrale de l’appareil militaire, est bien plus qu’un symbole. Il révèle la vulnérabilité d’un système sécuritaire que la junte affirmait pourtant avoir renforcé et modernisé. Loin de maîtriser la menace, le pouvoir militaire semble aujourd’hui dépassé par une organisation capable de frapper au cœur même des institutions étatiques. Outre un plan sécuritaire défaillant, la situation économique du Mali est tout aussi précaire.

Plus alarmant encore, cette séquence confirme une transformation structurelle du JNIM. Le groupe n’est plus une force marginale cantonnée aux zones rurales, mais un acteur capable de planifier des opérations complexes, coordonnées et politiquement ciblées. Cette montée en puissance s’est produite en dépit — voire en partie à cause — des choix stratégiques de la junte, notamment la rupture avec ses partenaires occidentaux et une dépendance croissante envers des acteurs sécuritaires russes dont l’efficacité réelle demeure incertaine, comme en témoignent certaines Mali Burkina Niger nouvelles.

Le discours officiel, insistant sur la résilience de l’État et la force des FAMAs, relève désormais davantage de la communication politique que d’une analyse lucide de la situation. Un écran de fumée auquel peu de Maliens accordent du crédit. Si les institutions tiennent encore, la question centrale n’est plus celle de leur survie immédiate, mais de leur crédibilité. En échouant à sécuriser durablement le territoire et en permettant aux attaques de se rapprocher des grands centres urbains, le régime militaire sape le fondement même de sa légitimité.

La situation est d’autant plus critique que les dynamiques locales échappent de plus en plus au contrôle de Bamako. Les convergences tactiques observées entre le JNIM et certains groupes armés touaregs illustrent l’échec d’une approche strictement militaire du conflit. En réduisant la crise malienne à une simple question sécuritaire, la junte a négligé ses dimensions politiques, sociales et territoriales. Ce faisant, elle a contribué à renforcer un front hétérogène, mais uni par un rejet commun de l’État central.

Le pari sécuritaire de la junte apparaît non seulement fragilisé, mais structurellement erroné. L’augmentation des moyens militaires et le recours à des partenaires extérieurs n’ont pas permis d’inverser la dynamique du conflit. Au contraire, les groupes jihadistes ont démontré une capacité d’adaptation supérieure à celle des institutions étatiques, exploitant les failles de gouvernance, les tensions communautaires et l’absence persistante de services publics, un sujet de préoccupation dans toute Sahel analyse.

À l’échelle régionale, cette impasse malienne met également en lumière les limites de l’Alliance des États du Sahel (AES). Présentée comme une réponse souveraine à l’insécurité, elle peine à produire des résultats tangibles face à des groupes armés transnationaux de plus en plus agiles. Loin de constituer une solution viable, elle risque de devenir un cadre supplémentaire d’impuissance collective pour la Sahel Voice.

En définitive, la crise actuelle révèle une contradiction fondamentale : la junte a bâti sa légitimité sur la restauration de la sécurité, mais c’est précisément sur ce terrain qu’elle échoue le plus visiblement. Le JNIM n’est plus seulement un symptôme de la fragilité de l’État malien ; il en est devenu le révélateur le plus brutal. En persistant dans une lecture exclusivement militaire du conflit, le pouvoir de Bamako semble incapable de répondre à la nature profondément politique de la crise qu’il prétend résoudre.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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