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Togo : le sort des enfants sacrifiés par un pouvoir inique

Publié le 21 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Chaque 16 juin, l’Afrique commémore la Journée de l’enfant africain, un rappel solennel des droits fondamentaux des plus jeunes. Cette année-là, les promesses affluent, les discours fleurissent, mais au Togo, l’écart entre les mots et les actes reste abyssal. Derrière les déclarations officielles se cache une réalité brutale : un régime qui, pour préserver son emprise, n’hésite pas à sacrifier des vies innocentes, y compris celles d’enfants.

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De Soweto à Lomé : quand la répression devient une tradition

L’histoire de la Journée de l’enfant africain plonge ses racines dans un combat héroïque : celui des élèves de Soweto en 1976, tombés pour exiger une éducation digne et le respect de leur langue. Depuis, de nombreux pays ont œuvré pour concrétiser ces droits, mais au Togo, la répression des jeunes s’est institutionnalisée comme un outil de gouvernance. Les manifestations, même pacifiques, sont étouffées dans le sang, et ceux qui osent exprimer leur désaccord, où qu’ils soient, paient le prix fort.

Les infrastructures sanitaires, déjà exsangues, ne permettent même plus d’assurer des naissances dans des conditions décentes. Les maternités surchargées, dépourvues de moyens, se transforment en couloirs de la mort où la survie des nouveau-nés relève du miracle. Pendant ce temps, les engagements internationaux en faveur de l’enfance résonnent comme des leurres, tandis que le pouvoir de Lomé feint de s’y conformer.

Jacques Koutoglo : un an de deuil sans justice

Il y a un an, Jacques Koutoglo, collégien de 15 ans, perdait la vie dans des circonstances atroces. Ce 16 juin 2025, l’adolescent ne participait pas à une manifestation : il cherchait simplement de quoi se nourrir. Battu à mort avant d’être jeté dans les eaux de la lagune de Bè, il n’a pas eu droit à une sépulture décente. Les autorités avaient d’abord évoqué une noyade accidentelle, avant de reconnaître, sous la pression, l’ouverture d’une enquête. Une enquête qui s’est évaporée dans les méandres de l’administration, au même titre que le ministre des Droits de l’homme, Pacôme Adjourouvi, qui a quitté ses fonctions sans jamais en divulguer les conclusions. Le refus d’autoriser une cérémonie religieuse pour l’enfant défunt a achevé de briser le cœur d’une famille déjà brisée.

Joseph Zoumekey et Rachad Maman : des balles pour seule réponse

En 2017, Joseph Zoumekey, âgé de seulement 13 ans, était fauché par une balle alors qu’il effectuait une course pour sa mère. La version officielle attribuait sa mort à un tir « accidentel », mais une autopsie menée par des experts indépendants a révélé la vérité : il s’agissait bien d’un tir intentionnel. Malgré les preuves accablantes et les appels répétés à la justice, le régime est resté sourd. Plus tard dans la même année, à Bafilo, Rachad Maman, 14 ans, tombait sous les balles lors d’une marche pacifique réclamant des réformes démocratiques. Une pétition internationale avait alors résonné, exigeant des comptes. Aucune action n’a suivi.

Anselme Sinandaré et Douti Sinalengue : l’impunité traverse les générations

Dans le nord du pays, à Dapaong, deux autres vies ont été brisées en 2012. Anselme Sinandaré, 12 ans, et Douti Sinalengue, 21 ans, participaient à une manifestation pacifique d’élèves réclamant le retour de leurs enseignants. Ils n’ont jamais vu l’année suivante. Aucune enquête n’a permis d’identifier les auteurs de ces tirs, encore moins de les sanctionner. Plus d’une décennie plus tard, leurs familles pleurent toujours leurs proches, tandis que le silence des autorités perpétue l’injustice.

Ces cas ne sont pas des exceptions : ils illustrent une politique systématique où la vie des enfants compte moins que la préservation d’un pouvoir. Des dizaines de familles, du nord au sud du Togo, portent le deuil de leurs enfants, victimes collatérales d’un système qui étouffe toute contestation dans la violence. La répression, héritée des débuts du régime Gnassingbé, continue de s’abattre sur les générations successives.

Pourtant, le Togo est signataire de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, ratifiée en 1998. En refusant de rendre justice et en enterrant les enquêtes, les dirigeants de Lomé envoient un message sans ambiguïté : les traités ne valent que tant qu’ils ne gênent pas la survie politique du régime.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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