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Mali : Étienne Fakaba Sissoko propose un dialogue sans alliance pour une sortie de crise

Publié le 2 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Le Mali se trouve à un carrefour crucial. Alors que les questions de dialogue avec le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM), l’unité nationale face aux mouvements armés du nord, le rôle de l’imam Mahmoud Dicko et la réorganisation territoriale du pays animent le débat, Étienne Fakaba Sissoko, figure politique et porte-parole de la Coalition des Forces pour la République (CFR), partage sa vision pour une sortie de crise. Pour son mouvement, la ligne est claire : « dialoguer n’est pas s’allier ».

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La situation sécuritaire au Mali, en particulier à Bamako, est jugée préoccupante par Étienne Fakaba Sissoko. Le blocus, loin d’être une stratégie efficace, est perçu comme une source de souffrance pour les populations. Selon le porte-parole de la CFR, une telle approche, qui affame et prend en otage les civils, ne peut être considérée comme une performance. Elle fragilise les approvisionnements, fait flamber les prix et génère une anxiété généralisée parmi les familles maliennes. Pour un pays enclavé, la maîtrise des corridors d’approvisionnement est une question de souveraineté nationale. La CFR s’oppose à cette stratégie qui impacte directement les civils, soulignant l’inefficacité d’une réponse purement militaire et appelant à une solution politique globale pour protéger les citoyens, sécuriser les axes vitaux et instaurer une paix durable.

« Les Maliens veulent la paix »

Fondée en décembre 2025, la CFR, bien que jeune, constate un écho favorable auprès de la population malienne. Étienne Fakaba Sissoko observe une véritable attente pour une alternative à la crise actuelle, les Maliens aspirant profondément à la paix. Le mouvement se positionne non comme un parti traditionnel, mais comme une plateforme de sauvegarde nationale, répondant à une demande politique, sociale et internationale pour une voix malienne structurée et responsable. L’ambition de la CFR est d’offrir une voie médiane entre la persistance du pouvoir militaire et l’enlisement du pays.

Des rumeurs persistantes évoquent des liens étroits entre la CFR et le Front de libération de l’Azawad (FLA). Étienne Fakaba Sissoko dément formellement toute alliance ou coordination militaire. Il insiste sur le fait que la CFR est un mouvement civil, n’étant ni la branche politique du FLA, ni participant à des activités militaires. La CFR privilégie le dialogue avec tous les acteurs de la crise, mais maintient une distinction claire : dialoguer n’équivaut pas à s’allier ou à coordonner des actions. Sa position est inébranlable : le refus catégorique de toute partition du Mali. La CFR prône un dialogue politique transparent et républicain pour aborder les questions territoriales et de gouvernance, privilégiant la discussion à la confrontation armée.

« Aucune légitimité automatique à des groupes armés »

Face à l’offensive d’ampleur du JNIM en avril 2026, qui a mis en lumière un danger politique majeur pour le Mali, la CFR avait envisagé des scénarios de crise. Cependant, le mouvement ne fonde pas sa stratégie sur l’effondrement violent de l’État ou la victoire militaire d’un groupe armé, estimant que cela n’accorderait aucune légitimité automatique à ces groupes pour décider de l’avenir du pays. La CFR a envisagé une transition civile de sauvegarde nationale. Son mandat inclurait la restauration des libertés publiques, la sécurisation des populations, l’ouverture d’un dialogue national, la préparation d’une nouvelle Constitution et l’organisation d’élections. La présidentielle, dans cette optique, devrait être l’aboutissement d’un processus, et non son point de départ, pour éviter de reproduire les mêmes erreurs sans sécurité minimale ni consensus national.

Concernant l’imam Mahmoud Dicko, la CFR ne le perçoit pas comme un chef politique de substitution. Son rôle serait plutôt celui d’une autorité morale, capable d’apaiser les tensions, de faciliter le dialogue et de restaurer la confiance au sein de la société malienne. Les responsabilités exécutives, quant à elles, doivent revenir à des institutions civiles légitimes, la légitimité politique émanant du peuple et des urnes.

« Ni capitulation, ni récompense »

Le dialogue avec le JNIM est une proposition de la CFR, mais avec des lignes rouges non négociables. Ce dialogue n’est ni une capitulation, ni une récompense, mais un outil pour mettre fin à la guerre et protéger les civils. La principale difficulté réside dans l’affiliation du JNIM à Al-Qaïda, jugée incompatible avec un processus de paix national. Les principes fondamentaux de la CFR sont clairs : l’unité du Mali, le maintien d’un État républicain, la protection des libertés fondamentales, la rupture avec les agendas transnationaux armés, l’arrêt des attaques contre les civils et l’absence d’impunité pour les crimes graves.

Quant à Iyad Ag Ghali et sa supposée volonté d’abandonner le djihad transnational, la CFR ne base pas sa stratégie sur de simples intentions. Seuls des actes vérifiables sont pris en compte : arrêt des attaques, protection des civils, accès humanitaire, rupture avec Al-Qaïda et acceptation de l’unité du Mali. Les attaques dans les pays voisins, y compris au Burkina Faso et au Niger, démontrent que le problème dépasse les frontières maliennes, rendant impérative une rupture concrète avec les agendas transnationaux. La CFR ne négocie pas l’État malien, mais les conditions d’une sortie de guerre respectant la République.

« La CFR ne propose pas la charia »

Le débat public se focalise souvent sur l’application de la charia dans certaines régions, occultant la question de la décentralisation. Étienne Fakaba Sissoko estime que cette focalisation est réductrice. Le véritable enjeu est l’effondrement de l’État de proximité, qui laisse un vide administratif et judiciaire dans de nombreuses zones. Les populations se tournent alors vers des autorités locales (chefs coutumiers, religieux) faute de mieux. La CFR ne promeut pas la charia, mais une République malienne capable d’intégrer des formes de médiation locale dans un cadre strictement constitutionnel, garantissant le respect de la Constitution, l’égalité des citoyens, la protection des femmes et des enfants, et le droit de recours à la justice nationale. Le débat sur la décentralisation doit donc se concentrer sur la gouvernance et l’efficacité de l’État, plutôt que sur des caricatures.

Le fédéralisme, selon la CFR, concerne avant tout la répartition des pouvoirs, des ressources et des recettes publiques entre Bamako et les collectivités territoriales. Le mouvement défend un Mali unitaire, souverain et indivisible, mais plus régionalisé. Les collectivités devraient disposer de davantage de responsabilités et de ressources, tandis que l’État conserverait ses fonctions régaliennes. Dans un pays aussi vaste que le Mali, la concentration de tout à Bamako est inefficace. L’État doit assurer l’unité nationale, tandis que les territoires doivent avoir les moyens de gérer la proximité.

« La restauration de l’État utile »

Au-delà des critiques envers les autorités actuelles, la CFR présente un programme politique structuré, axé sur la restauration de l’État utile. Les priorités incluent la réouverture des écoles, le renforcement de la justice, la protection des populations et la relance économique. Le programme propose l’indépendance de la magistrature, le soutien aux enseignants, l’amélioration des capacités des forces de sécurité et la sécurisation des principaux corridors économiques. La crise malienne étant également humanitaire, la CFR considère que restaurer l’accès à l’éducation, à la justice, à la sécurité, à l’énergie et à l’alimentation est la première étape essentielle de toute reconstruction nationale.

L’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS), née peu après la CFR, représente une convergence civique et démocratique entre citoyens maliens, burkinabè et nigériens partageant le constat d’une crise sahélienne institutionnelle et démocratique. Il ne s’agit pas d’une structure militaire ou d’un commandement politique unique. La CFR, tout en restant une initiative malienne dédiée à la crise du Mali, voit l’ADS comme un moyen de coordonner des actions de plaidoyer, de défense des libertés publiques et de solidarité entre démocrates sahéliens confrontés à la fermeture des espaces politiques. L’actualité Sahel francophone révèle la nécessité de telles initiatives.

La CFR rejette toute idée de revanche, de partition, de théocratie ou de retour mécanique à l’ancien système. Elle prône une sortie de guerre basée sur une transition civile, un dialogue national encadré, une refondation territoriale, une armée républicaine et le retour au choix populaire. La conviction de la CFR est que le Mali ne sera pas sauvé par un homme fort, mais par un pacte national solide. Cette Sahel analyse offre des perspectives pour l’actualité Sahel francophone et les Mali Burkina Niger nouvelles, soulignant l’importance d’une Sahel politique inclusive.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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