Mali : des experts de l’ONU alertent sur les restrictions des partis politiques

Le Mali face à un risque de violation des droits politiques selon l’ONU

Un collectif d’experts indépendants des Nations Unies a tiré la sonnette d’alarme concernant une récente initiative législative et administrative au Mali. Selon eux, l’adoption d’un projet de loi supprimant des protections essentielles à la participation politique, combinée à un décret suspendant temporairement les activités des partis politiques, menace directement les libertés fondamentales garanties par les droits humains.

Dans un communiqué rendu public, ces spécialistes ont dénoncé ces mesures comme une dérive autoritaire, incompatible avec les engagements internationaux du pays en matière de libertés d’association et d’expression. « Ce décret doit être abrogé sans délai. Quant au projet de loi, s’il est adopté, il placera le Mali en violation flagrante de ses obligations internationales », ont-ils insisté.

Des réformes contestées et des consultations non représentatives

Le gouvernement malien justifie ces changements par la volonté de « rationaliser » le paysage politique, évoquant notamment la prolifération des partis politiques. Pourtant, les experts rappellent qu’une telle problématique se résout davantage par des réformes électorales équitables qu’en instaurant des barrières financières disproportionnées. Le nouveau texte exigerait en effet des dépôts de fonds élevés pour l’enregistrement des formations politiques et les candidatures, excluant ainsi les acteurs aux moyens limités.

Les experts pointent du doigt l’absence de consultations inclusives. Bien que les autorités invoquent les Assises Nationales de la Refondation de 2021 et des discussions sur la révision de la Charte des Partis Politiques en avril 2025, ils soulignent que ces échanges ne peuvent être qualifiés de démocratiques dans un contexte où l’espace civique se réduit comme peau de chagrin. « Les opposants et les journalistes indépendants vivent dans la crainte légitime de sanctions en cas d’expression critique », précisent-ils.

Plusieurs formations politiques ont d’ailleurs boycotté les consultations d’avril 2025, craignant que celles-ci ne servent de prétexte à la dissolution de leurs structures ou à l’interdiction de leurs activités.

Un projet de loi aux relents autoritaires

Parmi les propositions adoptées par le Conseil des ministres, figure la nomination du général Assimi Goita au poste de président pour une durée de cinq ans renouvelable, sans passer par les urnes à partir de 2025. Les experts estiment que cette mesure, ainsi que l’approbation d’autres recommandations controversées, trahissent les promesses faites par les autorités maliennes tant sur le plan national qu’international.

Le texte doit désormais être soumis au Conseil national de transition, dirigé par le général Malick Diaw, pour validation. Face à cette perspective, les experts appellent instamment cette instance à rejeter le projet de loi dans son état actuel. « Nous offrons notre expertise pour réviser ce texte et l’aligner sur les normes internationales en matière de droits humains », ont-ils proposé.

Répression des manifestations et appel au respect des libertés

En réaction à ces mesures, les partis politiques ont organisé des rassemblements publics les 3 et 4 mai. Cependant, ils dénoncent des attaques violentes perpétrées par des individus se revendiquant du pouvoir, perturbant ainsi leurs meetings. Une nouvelle mobilisation est prévue pour le 9 mai.

Les experts rappellent avec fermeté que « le droit de manifester pacifiquement est un pilier essentiel d’une démocratie saine ». Ils exhortent les autorités maliennes de transition à garantir ce droit sans réserve, et à s’abstenir de toute forme d’intimidation ou de répression pouvant mettre en danger les manifestants.

À l’heure où le Mali traverse une période de transition politique complexe, ces alertes soulignent l’urgence de préserver les fondements démocratiques du pays. Les observateurs internationaux attendent avec attention les prochaines décisions du Conseil national de transition, espérant que les droits et libertés des citoyens malien(ne)s ne seront pas sacrifiés au nom d’une prétendue stabilité.