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Mali : Bamako pointe du doigt la France dans le soutien aux rebelles de l’azawad

Publié le 25 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le Mali fait face à une escalade des tensions avec la France, marquée par une accusation sans précédent. Bamako dénonce un soutien présumé de Paris aux rebelles indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement touareg ayant lancé une offensive majeure dans le nord du pays fin avril. Cette déclaration, portée par les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta, sert de levier pour renforcer leur position souverainiste, dans un contexte de rupture avec l’ancienne puissance coloniale. La situation s’est encore dégradée après le départ de la force Barkhane en 2022 et le retrait des casques bleus de la MINUSMA fin 2023.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

le fla, porteur d’une cause historique touarègue

Le FLA, fruit d’une recomposition de mouvements armés issus de l’ex-CMA, incarne une nouvelle dynamique dans les revendications d’autonomie ou d’indépendance des régions de Kidal, Gao et Tombouctou. Ces zones, désignées par les indépendantistes sous le nom d’Azawad, sont au cœur de conflits récurrents depuis des décennies, avec des soulèvements en 1963, 1990, 2006 et 2012. Après des défaites militaires en 2023 face à l’armée malienne et aux groupes russes d’Africa Corps, le FLA s’est réorganisé et a repris l’initiative, notamment après la bataille de Tinzaouatène à l’été 2024, où une colonne russo-malienne a essuyé de lourdes pertes face aux rebelles et aux djihadistes du JNIM.

des liens franco-touaregs nés dans l’urgence opérationnelle

L’histoire des relations entre la France et les indépendantistes touaregs plonge ses racines dans la période coloniale, mais c’est l’opération Serval en 2013 qui a scellé une alliance stratégique. Pour reprendre le nord du Mali aux groupes djihadistes, l’armée française s’est appuyée sur des combattants du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et leurs alliés, reconnus pour leur connaissance du terrain et leur efficacité face à Al-Qaïda au Maghreb islamique. Cette collaboration a alimenté les suspicions à Bamako, notamment concernant le contrôle de Kidal, zone longtemps interdite aux forces maliennes.

Cependant, cette alliance s’est progressivement effritée. Alors que la France cherchait à ajuster sa stratégie et que l’opération Barkhane s’enlisait, les contacts avec la CMA se sont raréfiés. Le départ forcé des troupes françaises en 2022, imposé par la junte, a définitivement clos les canaux diplomatiques. Privés de soutien occidental, les rebelles se sont tournés vers d’autres partenaires régionaux, sans qu’aucun État ne reconnaisse officiellement son implication.

une accusation au service d’une stratégie politique interne

Les allégations de Bamako s’inscrivent dans une logique bien rodée. Depuis 2020, les autorités maliennes exploitent la rhétorique anti-française pour unifier l’opinion publique, marginaliser les oppositions et légitimer leur rapprochement avec Moscou. La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger en septembre 2023, puis son évolution en confédération début 2024, repose sur ce discours commun contre l’influence française.

Côté français, la réponse est sans équivoque : Paris dément catégoriquement toute implication dans le conflit. Les autorités rappellent l’absence de coopération militaire, diplomatique ou sécuritaire avec Bamako depuis plusieurs années. Pourtant, les ambiguïtés passées, notamment autour de Kidal et l’utilisation tactique des rebelles pendant Serval, offrent à la junte un argument facile à exploiter. Pour le FLA, cette instrumentalisation crée une image de soutien extérieur sans preuve tangible.

L’avenir du FLA dépendra avant tout de sa capacité à maintenir une pression militaire sur les forces maliennes et russes, ainsi que de sa capacité à reconstruire des soutiens politiques dans une région où l’Algérie joue un rôle central. L’histoire récente montre que les alliances entre la France et les indépendantistes maliens ont souvent été pragmatiques plutôt que fondées sur des convictions idéologiques durables.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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