Libreville mise sur le secteur privé pour atteindre 18 000 milliards fcfa d’investissements
Le Gabon fixe des objectifs économiques ambitieux pour la période 2026-2030. Pour concrétiser son Plan national de croissance et de développement (PNCD), le gouvernement gabonais prévoit un budget total de 27 000 milliards de FCFA, dont 18 000 milliards doivent provenir du secteur privé. Les 9 000 milliards restants, attribués au secteur public, ne suffiront pas à financer cette transformation structurelle, désormais portée par les autorités en place depuis la transition politique de 2025.
Un modèle économique reposant sur l’investissement privé
Cette répartition des investissements reflète une stratégie claire : confier au secteur privé les deux tiers du financement du PNCD. Cette approche s’inscrit dans la continuité des modèles adoptés par plusieurs pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Les principaux acteurs de ce financement seront les investisseurs commerciaux, les fonds souverains régionaux et les multinationales spécialisées dans l’extraction minière.
Cependant, cette ambition nécessite un cadre économique plus attractif. L’économie gabonaise, encore largement dépendante du pétrole, du manganèse et du bois, doit impérativement diversifier ses sources de revenus. Les institutions financières internationales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont souligné la nécessité de réformer le système fiscal, d’accélérer les procédures douanières et de sécuriser les titres fonciers pour attirer durablement les capitaux étrangers.
Le Haut conseil pour l’investissement, un outil clé pour la relance
Pour renforcer le dialogue avec les entrepreneurs, le gouvernement a décidé de relancer le Haut conseil pour l’investissement (HCI). Cette instance, qui devait servir de plateforme de concertation entre l’État et le secteur privé, avait perdu en efficacité ces dernières années. Sa réactivation marque la volonté du président Brice Clotaire Oligui Nguema de garantir un cadre institutionnel stable et prévisible, essentiel pour rassurer les investisseurs.
Le HCI aura pour mission de coordonner les besoins sectoriels identifiés par les ministères concernés avec les capacités d’investissement des grandes entreprises présentes au Gabon. Les acteurs miniers, comme la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe Eramet, ainsi que les entreprises du secteur bois, seront au cœur des discussions. Par ailleurs, des institutions financières panafricaines, notamment Afreximbank et la Banque africaine de développement, pourraient jouer un rôle clé dans le financement des infrastructures, de l’énergie et du numérique.
Un défi financier qui interroge la faisabilité du projet
L’objectif de 18 000 milliards de FCFA sur cinq ans, soit une moyenne annuelle de 3 600 milliards, représente une hausse significative par rapport aux plans précédents. À titre de comparaison, le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) n’a pas atteint ses cibles d’investissement direct étranger, en partie à cause d’un manque de projets bancables et de la chute des prix des matières premières entre 2014 et 2016. Pour réussir, le PNCD devra donc prouver sa capacité à industrialiser la préparation des projets et à offrir des garanties solides aux investisseurs.
La situation budgétaire du Gabon ajoute une pression supplémentaire. La dette publique approche le seuil de 70 % du PIB fixé par la CEMAC, limitant ainsi les possibilités d’endettement public. Cette contrainte renforce l’importance des partenariats public-privé, qui devront occuper une place centrale dans la stratégie de financement. Les concessions, les contrats de performance énergétique et les montages financiers innovants seront donc des outils essentiels pour concrétiser le plan.
La réussite du PNCD dépendra également de l’efficacité de l’administration. La simplification des procédures d’autorisation, la modernisation du guichet unique d’investissement et la lutte contre la corruption sont des chantiers prioritaires pour les opérateurs économiques. Sans progrès concrets dans ces domaines, le risque de voir les engagements annoncés ne pas se matérialiser reste élevé.
D’ici cinq ans, le Gabon engagera une partie décisive de sa crédibilité économique. Ce plan ambitieux repose en grande partie sur la capacité du HCI à mobiliser les acteurs privés. Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer si ce modèle de financement mixte peut porter ses fruits dans un contexte économique exigeant.