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Libertés au Burkina Faso : l’ombre grandissante des restrictions militaires

Publié le 27 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

libertés au Burkina Faso : l’ombre grandissante des restrictions militaires

L’interpellation musclée d’un influent prédicateur sunnite, suivie de la suspension d’un syndicat étudiant majeur, reflètent une stratégie de plus en plus visible au Burkina Faso : museler toute opposition, qu’elle vienne des milieux religieux ou des campus universitaires. Ces événements récents soulèvent des questions sur l’avenir des libertés fondamentales dans un pays déjà fragilisé par une insécurité persistante.

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Rencontre entre Vladimir Poutine et Ibrahim Traoré lors d’un événement officiel

une arrestation sous haute tension lors d’un jour sacré

L’imam Mohamed Ishaq Kindo, figure religieuse respectée, a été interpellé la veille de la Tabaski, une fête majeure pour les musulmans. Les circonstances de son arrestation restent floues : aucune communication officielle n’a été publiée pour expliquer cette intervention musclée. Pourtant, la Fédération des associations islamiques (Faib) a rapidement appelé au calme et au respect des institutions, signe d’une inquiétude partagée.

Des témoins présents sur place ont rapporté que l’imam a été arrêté mardi après-midi par des forces de l’ordre encagoulées, composées de policiers et de militaires. La scène a dégénéré : les fidèles ont tenté de s’interposer, des heurts ont éclaté, laissant plusieurs blessés dans leur sillage.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte déjà tendu autour d’un projet de loi controversé sur les libertés religieuses. Ce texte, qui vise à réaffirmer la laïcité de l’État et à encadrer les lieux de culte dans les services publics, est vivement contesté par plusieurs associations musulmanes. Leur exigence ? Son retrait pur et simple.

Quelques heures seulement avant son interpellation, l’imam Kindo avait diffusé un message audio percutant. Il y invitait les autorités à « s’interroger davantage sur la portée de leurs actes avant d’agir », une phrase qui résonne comme un avertissement face à la montée des tensions.

La réponse des autorités ne s’est pas fait attendre : une manifestation de soutien à l’imam, organisée à Ouagadougou, a été dispersée à coups de gaz lacrymogènes. Un symbole fort de la répression en cours.

la disparition inquiétante d’un autre prédicateur critique

Cette arrestation n’est malheureusement pas un cas isolé. Fin mars, l’imam Mahmoud Barro a également disparu après avoir publiquement critiqué le même projet de loi. Son sort reste inconnu à ce jour, alimentant les craintes d’une stratégie systématique d’intimidation envers les voix dissidentes.

Autre développement préoccupant : la suspension de l’Union générale des étudiants burkinabè (Ugeb) pour une durée de trois mois, renouvelable. L’accusation ? « Apologie du terrorisme » après la publication d’un texte dénonçant l’incapacité manifeste des autorités à endiguer l’insécurité et leurs promesses non tenues. Une mesure qui interroge sur la liberté académique et le rôle des syndicats dans le débat public.

les ONG dénoncent une dérive autoritaire

Human Rights Watch a réagi avec fermeté, rappelant le rôle historique de l’Ugeb, fondée en 1960, dans la défense des droits étudiants et des luttes pour la transparence. L’organisation décrit le syndicat comme « une voix essentielle dans les combats pour la justice sociale ».

Un procureur de Ouagadougou a annoncé l’ouverture d’une enquête visant « l’auteur ou les auteurs » du communiqué de l’Ugeb. Pour un Burkinabè en exil interrogé par HRW, cette affaire illustre une tendance inquiétante : « les institutions judiciaires deviennent de plus en plus soumises à l’agenda politique et sécuritaire de la junte ».

L’organisation appelle sans détour à l’abandon des sanctions contre l’Ugeb et à « mettre fin à la répression des voix indépendantes et des libertés fondamentales ». Son argument ? « Museler les étudiants ne résoudra pas la crise sécuritaire et de gouvernance qui s’aggrave au Burkina Faso, notamment avec l’intensification des attaques perpétrées par des groupes armés islamistes ».

Il y a un mois, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) avait déjà alerté les autorités burkinabè, exigeant le respect des droits et libertés de chacun. Mais ces appels semblent tomber dans le vide. Pire, la peur s’installe progressivement dans la société burkinabè.

Les journalistes peinent désormais à trouver des interlocuteurs prêts à s’exprimer, de peur des représailles. Pourtant, la contestation persiste, discrète mais bien réelle, notamment sur les réseaux sociaux et dans l’intimité des foyers. Une résistance silencieuse qui en dit long sur l’atmosphère actuelle.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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