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Le Mali face à l’étouffement de la voix médiatique et au pouvoir absolu

Publié le 1 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Dans un contexte international marqué par des crises multiples, le Mali s’impose comme l’un des foyers de tensions les plus surveillés. Pourtant, derrière les combats contre les groupes armés et les défis sécuritaires, un autre front se dessine : celui de la liberté de la presse et de l’indépendance des médias. Une réalité préoccupante, où l’accès à une information pluraliste devient un luxe, au même titre que la transparence politique.

Écoutez cet articleEnviron 5 min
Vue générale de Bamako après les attaques lancées contre des bases militaires à travers le pays, à Bamako, au Mali, le 25 avril 2026.

la liberté de la presse au Mali : un droit en voie de disparition

Les récents événements au Mali révèlent une tendance inquiétante : la restriction croissante de l’espace médiatique. Après les attaques jihadistes et touarègues du 25 avril, les autorités maliennes ont suspendu la diffusion de nombreux médias francophones, accusés de « désinformation ». Une décision qui s’inscrit dans une logique plus large, partagée par le Niger et le Burkina Faso. Ces trois pays du Sahel semblent engagés dans une fermeture progressive de l’information, où la censure et la répression deviennent des outils de gouvernance.

Ousmane Diallo, chercheur pour Amnesty International en Afrique de l’Ouest et centrale, alerte sur cette dérive : « Le Sahel est en train de devenir un goulag de l’information ». Il souligne l’ampleur des menaces qui pèsent sur les journalistes : surveillance, intimidations, voire arrestations arbitraires. « Nous sommes entrés dans une phase de zombification des citoyens sahéliens », ajoute-t-il. Une expression forte pour décrire un phénomène où la peur étouffe toute velléité de critique, transformant l’espace public en un désert d’opinions libres.

Moscou, nouveau partenaire incontournable du régime malien

Au cœur de cette stratégie de contrôle, la relation avec la Russie occupe une place centrale. À Bamako, toute critique envers Moscou est désormais perçue comme un acte de subversion. L’affaire d’Ibrahima Tamega, militant pro-démocratie arrêté fin mai pour avoir tagué des graffitis hostiles à la Russie, en est l’illustration parfaite. Son interpellation, suivie de plusieurs jours de détention, envoie un message clair : le pouvoir malien ne tolérera aucune remise en question de son alliance avec Moscou, présentée comme un pilier de sa souveraineté.

Cette dépendance croissante à l’égard de la Russie n’est pas anodine. Elle s’accompagne d’une marginalisation des voix dissidentes et d’une instrumentalisation des institutions pour servir un récit unique. Les graffitis de Tamega, bien que symboliques, ont été interprétés comme une attaque contre la légitimité du régime. La réponse policière a été immédiate et sans appel, rappelant que dans ce Mali en crise, la loyauté au pouvoir prime sur toute autre considération.

Assimi Goïta : un pouvoir concentré, une nation en danger

Cette logique de concentration du pouvoir atteint son paroxysme avec le général Assimi Goïta. Depuis son accession à la tête de l’État, puis son cumul avec le ministère de la Défense, il incarne une gouvernance où l’autorité se confond avec l’arbitraire. Deux chercheurs, Salah Ben Hammou (Rice University) et Hiba Naciri (Université de Montréal), analysent cette dérive dans une étude remarquée : « Au Mali, la personnalisation du pouvoir autour d’Assimi Goïta est un danger pour la stabilité du pays ».

Selon eux, cette centralisation excessive affaiblit les institutions et réduit leur capacité à répondre aux défis nationaux. « La prise de décision repose moins sur l’efficacité que sur la loyauté envers le dirigeant », expliquent-ils. Les conséquences sont immédiates : une armée restructurée pour protéger le pouvoir plutôt que pour défendre le territoire, une coordination militaire moins efficace face aux groupes armés, et une gouvernance fragilisée par des luttes internes plutôt que par une vision stratégique.

Le Mali, déjà ébranlé par des années de crise sécuritaire, se trouve aujourd’hui à un carrefour. Entre l’étouffement des médias, la répression de toute opposition, et la concentration du pouvoir entre les mains d’un seul homme, le pays semble s’engager dans une voie où l’intérêt national passe après les ambitions personnelles. Une tendance qui rappelle les pires heures des régimes autoritaires, où l’information devient un outil de propagande et où le pouvoir se nourrit de l’isolement des citoyens.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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