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Le Gabon mise sur la transformation locale pour repenser son économie

Publié le 26 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Libreville, 26 juin 2026 – Alors que la compétition mondiale pour les minerais critiques s’intensifie, le Gabon choisit une voie différente : celle de la transformation industrielle de ses ressources.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Longtemps perçu comme un simple exportateur de matières premières, le Gabon affiche désormais une ambition claire : créer davantage de valeur sur son sol. Lors d’une conférence à Bruxelles, organisée par l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et la Banque européenne d’investissement, le pays a plaidé pour un nouveau modèle économique.

L’ambassadeur du Gabon en Belgique et auprès de l’Union européenne, Eudes Régis Immongault Tatangani, a défendu une vision qui dépasse le cadre national. Il s’agit de bâtir un partenariat économique où les pays producteurs ne se contentent plus d’exporter leurs ressources brutes, mais les intègrent dans des chaînes de valeur industrielles complètes.

La fin du modèle extractif traditionnel

La demande mondiale en matières premières critiques explose, portée par la transition énergétique, la révolution numérique et les technologies émergentes. Batteries, énergies renouvelables, intelligence artificielle : tous ces secteurs nécessitent des minerais stratégiques, dont une grande partie se trouve en Afrique.

Pour le diplomate gabonais, c’est une occasion historique de sortir du modèle de rente qui a prévalu pendant des décennies. Il a rappelé que la richesse d’une nation ne dépend pas seulement de l’abondance de ses ressources, mais de sa capacité à les transformer en croissance durable, en emplois qualifiés et en développement industriel.

Les économistes internationaux partagent cette analyse. Les pays qui exportent leurs ressources brutes ne captent qu’une faible part de la valeur créée. Les bénéfices réels se concentrent dans les phases de transformation industrielle, de fabrication et d’innovation technologique. C’est ce déséquilibre que le Gabon entend corriger.

Construire des chaînes de valeur africaines

L’ambassadeur a plaidé pour une approche intégrée, de l’extraction à la transformation industrielle. Cela nécessite des investissements massifs dans les infrastructures énergétiques, ferroviaires, portuaires et logistiques, capables de soutenir une industrialisation compétitive.

Ce message s’inscrit dans la politique économique actuelle du Gabon. Libreville multiplie les initiatives pour favoriser la transformation locale des ressources, notamment dans les secteurs du bois, des mines et de l’industrie. L’objectif est clair : réduire la dépendance aux exportations de matières premières non transformées et développer des activités industrielles créatrices de richesse sur le territoire national.

Cette stratégie répond aussi à une exigence géopolitique. Les pays producteurs veulent peser davantage dans les négociations internationales, non plus comme de simples fournisseurs, mais comme des partenaires industriels à part entière.

L’exigence de partenariats équilibrés

Au-delà des infrastructures, le représentant gabonais a insisté sur la qualité des partenariats. Les alliances entre États, investisseurs privés et institutions financières doivent inclure des mécanismes de transfert de technologies, de formation et de développement des compétences locales.

Cette dimension est centrale dans les débats sur les matières premières critiques. La souveraineté économique ne se construit pas uniquement grâce aux ressources naturelles. Elle repose aussi sur la maîtrise des savoir-faire, des technologies et des compétences qui permettent leur valorisation.

À travers cette intervention, le Gabon affirme sa volonté de participer à la redéfinition des relations économiques internationales. Le pays entend transformer son potentiel naturel en levier industriel et inscrire son développement dans les nouvelles dynamiques de l’économie mondiale.

La bataille des matières premières critiques ne se gagnera pas seulement dans les mines, mais dans les usines, les centres de recherche, les infrastructures logistiques et les écoles de formation. C’est cette conviction que le Gabon est venu défendre à Bruxelles. Une conviction qui pourrait devenir l’un des grands marqueurs économiques du continent dans les prochaines décennies.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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