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Le Cameroun relance prudemment les recrutements dans sa fonction publique pour 2026

Publié le 9 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Le Cameroun procède à une réouverture significative des opportunités d’emploi au sein de sa fonction publique. Par une note informative datée du 5 juin 2026, le ministre Joseph Lé a officialisé la disponibilité de 2 090 postes, répartis à travers diverses entités administratives. Bien que ce nombre puisse paraître modeste par rapport aux volumes antérieurs à 2021, il signale néanmoins un changement de cap après quatre années de rigueur budgétaire visant à contenir la masse salariale de l’État.

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La santé et l’éducation, piliers du recrutement public 2026

L’accroissement des effectifs se concentre principalement sur deux secteurs jugés stratégiques. Le domaine de la santé publique bénéficie d’une allocation spécifique de 200 postes dédiés aux médecins spécialistes, répondant ainsi aux besoins urgents des hôpitaux camerounais en personnel qualifié pour les plateaux techniques avancés. De son côté, l’éducation se voit attribuer un millier de places pour des enseignants recrutés sous le statut d’auditeurs libres, un dispositif permettant l’intégration de diplômés en cours de formation.

La répartition linguistique des postes reflète l’équilibre maintenu entre les deux sous-systèmes éducatifs, héritiers du bilinguisme constitutionnel du Cameroun. L’enseignement général francophone obtient 322 postes, tandis que le versant anglophone en reçoit 285. L’enseignement technique est pourvu de 193 places côté francophone et 200 côté anglophone. En dehors de la santé et de l’éducation, les volumes de recrutement demeurent nettement plus limités, témoignant de la persistance d’une logique de rationalisation pour les autres administrations.

Le seuil symbolique des 2 000 postes n’avait pas été atteint depuis 2023, année où le gouvernement avait autorisé 2 235 recrutements. À cette période, le ministre Joseph Lé avait justifié cette décision par la nécessité de satisfaire les besoins en personnel exprimés par les administrations, en lien avec la Stratégie nationale de développement 2020-2030.

Une décennie de modération budgétaire pour la fonction publique

La situation actuelle contraste fortement avec la décennie précédente. En 2018, l’État camerounais avait ouvert 5 179 postes, suivis de 5 411 en 2019 et de 3 700 en 2020. Le tournant s’opère en 2021, avec seulement 1 536 postes, puis une chute sous la barre des 1 000 en 2022. L’année 2024 a péniblement dépassé les 1 200 ouvertures, confirmant une orientation durable vers la maîtrise des effectifs.

Cette compression des recrutements est une réponse à un impératif macroéconomique. La masse salariale de l’État camerounais est passée de 706,1 milliards de FCFA en 2012 à 1 080,1 milliards en 2021, d’après les chiffres du ministère des Finances. Une augmentation de plus de 50 % en moins de dix ans, qui accapare une part croissante des recettes fiscales et réduit les marges de manœuvre pour l’investissement public.

Les autorités attribuent cette augmentation des dépenses à plusieurs catégories d’agents, notamment les enseignants du secondaire et les militaires, dont les recrutements ont été massifs durant de longues périodes. Le retour de l’enseignement secondaire dans le périmètre des concours de 2026, après deux à trois ans de suspension, pourrait potentiellement raviver la pression sur les dépenses de personnel.

Le plafond de la Cemac sur la masse salariale reste un défi

La discipline budgétaire ne résulte pas uniquement d’une décision souveraine. Le Cameroun est également assujetti aux critères de surveillance multilatérale de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), qui plafonnent à 35 % le ratio des dépenses de personnel par rapport aux recettes fiscales. Ce seuil de soutenabilité est régulièrement dépassé par Yaoundé.

Le constat est désormais partagé. Dans son plus récent rapport de surveillance, la Cemac a souligné qu’aucun de ses six États membres n’avait respecté en 2024 les normes encadrant le taux de pression fiscale et la masse salariale. Pour le Cameroun, la première économie de la zone, le ratio s’est maintenu au-dessus du plafond communautaire, confirmant l’ancrage d’une contrainte budgétaire structurelle.

L’arbitrage effectué pour 2026 reflète cette équation complexe. Il s’agit de répondre aux carences flagrantes des services publics de santé et d’éducation sans pour autant réactiver une spirale salariale que les bailleurs multilatéraux suivent avec attention, alors que le pays poursuit son programme avec le Fonds monétaire international. Pour les candidats aux concours, cette ouverture représente une opportunité rare après cinq années de restrictions. Pour l’exécutif, elle constitue un test grandeur nature de sa capacité à concilier les exigences sociales avec l’orthodoxie financière.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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