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Le Cameroun en pourparlers pour acquérir les parts de Globeleq dans des centrales électriques stratégiques

Publié le 11 août 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

L’État camerounais intensifie ses démarches pour acquérir les 56% de participation que détient le groupe britannique Globeleq au sein de deux entités majeures de production électrique. Les discussions entre Yaoundé et l’investisseur basé à Londres progressent activement concernant la reprise des parts de Globeleq dans la Kribi Power Development Company (KPDC) et la Dibamba Power Development Company (DPDC). La valorisation préliminaire de cette transaction est estimée à environ 80 milliards de FCFA, ce qui équivaut à près de 138 millions de dollars. Bien qu’aucune proposition officielle n’ait encore été formulée, les négociations sont suffisamment avancées pour envisager une finalisation de l’accord d’ici la fin de l’année 2026.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Deux centrales essentielles au mix énergétique camerounais

Ces infrastructures énergétiques revêtent une importance capitale. La centrale à gaz de Kribi, opérationnelle depuis 2013 dans la région du Sud, dispose d’une capacité installée de 216 mégawatts et approvisionne le réseau interconnecté Sud, la zone la plus consommatrice du pays. Quant à la centrale thermique de Dibamba, fonctionnant au fioul lourd près de Douala, elle génère 88 mégawatts et assure un rôle crucial de soutien lors des pics de consommation ou en cas de défaillance du système hydroélectrique. Collectivement, ces centrales constituent une portion notable de la production thermique du Cameroun, un pays où l’énergie hydraulique domine mais reste vulnérable aux variations climatiques.

L’achèvement imminent du barrage de Nachtigal, dont la pleine capacité sera bientôt disponible, est en train de transformer le paysage énergétique camerounais. Les décideurs publics ambitionnent de réorganiser les capacités thermiques actuelles pour créer un système optimisé. Dans cette vision, la centrale à gaz de Kribi maintiendrait son rôle de base stable, tandis que Dibamba se concentrerait sur une fonction de réserve stratégique. L’acquisition du contrôle actionnarial de ces installations offrirait à l’État une influence directe sur les choix d’exploitation, les programmes de maintenance et les politiques tarifaires.

Une transaction d’envergure stratégique

Globeleq, sous le contrôle du fonds britannique CDC Group et du Norvégien Norfund, a fait son entrée sur le marché camerounais en 2014 en acquérant les participations précédemment détenues par AES. Ce retrait potentiel s’inscrit dans une tendance plus large de réorganisation des actifs des producteurs indépendants d’électricité (IPP) à travers l’Afrique. Ces acteurs font face à des environnements réglementaires en mutation et à la détermination croissante des nations africaines à reprendre la maîtrise de leurs infrastructures stratégiques. Le Cameroun ne déroge pas à cette tendance, d’autant plus que son secteur électrique est confronté à des défis structurels persistants, tels que la précarité financière de la Sonatrel et les dettes envers les IPP.

Le montant indicatif de 80 milliards de FCFA soulève des interrogations quant à la stratégie de financement. Les capacités budgétaires de l’État camerounais sont déjà sous pression en raison du service de sa dette et des engagements pris auprès du Fonds Monétaire International (FMI) dans le cadre de son programme actuel. Plusieurs pistes sont explorées pour le financement, notamment l’implication d’institutions multilatérales, une émission obligataire spécifique sur le marché régional de la Beac, ou l’arrivée d’un partenaire technique alternatif. La structure juridique choisie pour l’acquisition aura également un impact direct sur l’évolution des tarifs de l’électricité, un domaine sensible au Cameroun où les prix sont régulés et où toute augmentation peut engendrer des mécontentements sociaux.

Un message pour les producteurs indépendants en Afrique centrale

Cette initiative, bien qu’ancrée au Cameroun, sera attentivement observée par tous les investisseurs privés actifs dans les projets d’IPP en Afrique subsaharienne. La réussite de Yaoundé à finaliser cette transaction de manière structurée, à évaluer justement les actifs et à garantir la continuité des opérations, transmettra un signal positif aux fonds d’investissement et aux développeurs impliqués dans des projets énergétiques au Gabon, au Congo ou en Côte d’Ivoire. Inversement, une transaction mal négociée ou un retrait désordonné pourrait nuire à l’attractivité du Cameroun pour de futurs investissements privés dans le secteur, à un moment où les exigences en capitaux pour la production, le transport et la distribution d’électricité sont immenses.

Cependant, le calendrier ambitieux mentionné par les acteurs proches du dossier implique que les questions cruciales, notamment l’évaluation finale des actifs et le devenir des contrats d’achat d’électricité existants, devront être résolues dans les mois à venir. Les pourparlers se poursuivent activement, avec l’objectif d’une conclusion avant la fin de l’année 2026.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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