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La CEDEAO opte pour l’unité face à l’AES, bannissant les négociations bilatérales

Publié le 5 août 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a significativement renforcé son approche diplomatique vis-à-vis de l’Alliance des États du Sahel (AES). Lors du récent sommet ordinaire qui s’est tenu à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d’État ouest-africains ont établi une directive fondamentale : aucun État membre ne sera autorisé à engager des pourparlers individuels avec le Mali, le Burkina Faso ou le Niger concernant les dossiers stratégiques. Cette résolution vise à maintenir l’intégrité et la cohésion d’un espace régional fragilisé par le départ officiel des trois nations sahéliennes, effectif en janvier 2025.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

L’instauration d’un canal de communication unique reflète une préoccupation palpable au sein de la capitale nigériane, Abuja. Depuis la structuration de l’AES en confédération, plusieurs capitales régionales avaient montré un intérêt pour des arrangements pratiques avec leurs voisins sahéliens, notamment sur des sujets cruciaux comme la libre circulation des personnes, la coopération en matière de sécurité et les échanges commerciaux. En centralisant les discussions, la CEDEAO entend prévenir toute érosion de la solidarité affichée, qui pourrait être minée par des intérêts nationaux immédiats.

Un front commun pour une influence accrue

La stratégie d’un bloc unifié s’inscrit dans une logique de renforcement du pouvoir de négociation. Face à une AES qui a articulé son discours autour de la souveraineté et d’une remise en question de la tutelle régionale, la CEDEAO mise sur le poids collectif de ses membres restants pour sauvegarder ses acquis d’intégration. Le tarif extérieur commun, la libre circulation des individus et le régime préférentiel des échanges figurent parmi les enjeux les plus délicats, leur remise en cause pouvant fragiliser un demi-siècle de construction régionale et impacter l’actualité Sahel francophone.

Cependant, cette démarche collective présente un revers. En interdisant les voies bilatérales, l’organisation s’expose au risque d’un blocage prolongé si un consensus interne s’avère difficile à obtenir. Les États côtiers, notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Togo, entretiennent des liens économiques et humains profonds avec les capitales sahéliennes. Leurs infrastructures logistiques sont essentielles pour des économies enclavées dont la stabilité est intrinsèquement liée à la leur.

L’Alliance des États du Sahel affermit sa voie indépendante

De son côté, l’Alliance des États du Sahel continue de bâtir son architecture institutionnelle. Entre la mise en place d’un passeport confédéral, la tentative d’une monnaie commune et l’annonce d’une force conjointe de 5 000 hommes destinée à combattre les groupes jihadistes, Bamako, Ouagadougou et Niamey démontrent une volonté affirmée de créer un ensemble alternatif crédible. Le rapprochement diplomatique avec des puissances comme la Russie, la Turquie ou l’Iran participe activement à cette recomposition géopolitique qui redéfinit les équilibres ouest-africains, marquant un tournant dans le Sahel politique.

Dans ce contexte, la position de la CEDEAO est à la fois une ligne rouge et une invitation au dialogue. Les chefs d’État réunis à Lungi ont réaffirmé leur désir de maintenir un échange structuré avec l’AES sur les questions vitales pour les populations, telles que la mobilité des personnes et les flux transfrontaliers. Néanmoins, ils insistent pour que ce dialogue se déroule selon leurs propres règles, et non celles dictées par la partie sahélienne, ce qui constitue une analyse cruciale pour le Sahel.

Les dossiers techniques en attente de résolution

Plusieurs contentieux techniques attendent d’être arbitrés. Le statut des ressortissants sahéliens résidant dans l’espace CEDEAO, le régime douanier applicable aux marchandises provenant de l’AES, la gestion des infrastructures partagées telles que l’Autorité du bassin du Niger, ou encore la reconnaissance mutuelle des diplômes, constituent autant de chantiers où l’absence d’accord pénaliserait rapidement les acteurs économiques et les citoyens des pays du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Le calendrier précis des négociations n’a pas été communiqué à l’issue du sommet. Selon des sources diplomatiques ouest-africaines, une commission technique devrait être mandatée pour élaborer les termes d’engagement avec Bamako, Ouagadougou et Niamey. La présidence en exercice, assurée par la Sierra Leone, aura la responsabilité de porter cette parole unifiée auprès des autorités sahéliennes.

Une équation politique délicate demeure. Plusieurs pays membres, dont le Sénégal sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, ont récemment plaidé pour une approche plus conciliante envers l’AES, arguant que l’isolement des régimes sahéliens pourrait s’avérer contre-productif. La discipline collective imposée à Lungi devra désormais faire face à ces sensibilités divergentes, au risque de rester sans effet.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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