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Le Sénégal face à un défi majeur : attirer les investisseurs malgré son potentiel

Publié le 4 août 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le Sénégal face à un défi majeur : attirer les investisseurs malgré son potentiel

Vue d'ensemble du centre-ville de Dakar, au Sénégal, le mercredi 18 mars 2026.

Après quatre années exceptionnelles, durant lesquelles les investissements directs étrangers (IDE) au Sénégal avaient atteint en moyenne trois milliards de dollars par an, le pays a enregistré un effondrement spectaculaire de ces flux financiers en 2025. Selon les dernières données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), seuls 37 millions de dollars ont été enregistrés cette année-là. Cette chute brutale soulève une question cruciale : s’agit-il d’un simple retournement conjoncturel ou d’un signal plus profond de méfiance envers la politique économique du gouvernement ?

Écoutez cet articleEnviron 5 min

L’explication la plus immédiate réside dans la nature des investissements récents. Les projets pétroliers et gaziers majeurs comme Sangomar et Grand Tortue avaient attiré des capitaux massifs ces dernières années. Cependant, après l’achèvement de la phase de construction, la priorité est désormais à la production, ce qui explique en partie cette baisse soudaine des IDE.

Un potentiel économique sous-exploité

Pourtant, le Sénégal dispose de tous les atouts pour redevenir une destination attractive. Moubarak Lo, ancien conseiller économique du Premier ministre et aujourd’hui consultant indépendant, souligne ce paradoxe : « Le Sénégal a la capacité structurelle de maintenir un flux annuel d’investissements directs compris entre trois et cinq milliards de dollars. Mais cela exige une politique proactive et volontariste en matière de promotion économique. »

Il pointe du doigt un manque criant d’infrastructures dédiées à la prospection d’investisseurs étrangers. Contrairement à d’autres nations africaines, le pays ne dispose pas d’un réseau efficace pour attirer les capitaux. « Les roadshows ne suffisent pas. Il faut une approche proactive, comme celle déployée pour les obligations et les bons du Trésor, mais adaptée aux investissements directs. C’est un changement de paradigme qui s’impose », insiste-t-il.

L’ombre de la dette publique

Avec une dette publique représentant 132 % du PIB à la fin de l’année 2024, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI), le Sénégal pourrait sembler moins attractif aux yeux des investisseurs privés. Pourtant, Justin Maria, directeur France de la Access Bank, relativise cet argument. Il rappelle que la France, malgré une dette colossale de 3 500 milliards d’euros, continue d’attirer des capitaux privés. Pour lui, le vrai frein est ailleurs : l’absence de visibilité sur la santé des finances publiques et la gestion des liquidités à court terme.

« Le Sénégal est désormais perçu comme un pays à risque, non pas sur ses fondamentaux économiques à long terme, mais sur son manque de clarté concernant l’état de ses finances. Les investisseurs ont besoin de certitudes, et c’est ce qui leur fait défaut aujourd’hui », explique-t-il.

Vers un redressement en 2027 ?

Moubarak Lo reste optimiste quant à la capacité du pays à retrouver rapidement son attractivité, malgré la suspension du programme du FMI en fin d’année 2024. « Une vingtaine de projets d’envergure sont actuellement en développement au Sénégal. L’objectif est simple : identifier les cinq ou six entreprises mondiales clés pour chaque projet et les convaincre d’investir. Une stratégie ciblée pourrait permettre de redresser la barre dès cette année, ou plus probablement en 2027 », assure-t-il.

Alors que le Sénégal tente de surmonter ce défi, d’autres pays africains comme la Guinée ont enregistré une hausse significative de leurs IDE en 2025, avec plus de 7,7 milliards de dollars selon la Cnuced. Une performance qui rappelle que la compétition pour attirer les investissements est féroce, et que le Sénégal doit agir avec détermination pour ne pas se laisser distancer.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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