Jnim : les défis de l’expansion armée au Sahel et au golfe de Guinée
Le JNIM face à l’extension des zones d’influence jihadistes : une stratégie à double tranchant pour le Sahel et le Golfe de Guinée
Le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), branche affiliée à Al-Qaïda opérant au Mali, Niger et Burkina Faso, incarne aujourd’hui l’un des principaux défis sécuritaires pour les États du Sahel. Depuis sa fondation en 2017, ce groupe armé a progressivement étendu son emprise territoriale, tout en faisant face à un dilemme stratégique majeur : poursuivre son expansion vers de nouvelles zones ou consolider ses positions actuelles.
Une progression géographique en dents de scie : entre opportunités et limites
Bien que le JNIM ait consolidé sa domination dans certaines zones du Sahel central, son expansion vers le Golfe de Guinée s’avère plus contrastée. Plusieurs éléments illustrent cette dynamique complexe :
- Une avancée marquée vers le nord du Bénin et du Togo, avec des attaques revendiquées ces dernières années.
- Une présence intermittente en Côte d’Ivoire : des opérations armées ont été signalées entre 2020 et 2022, mais le groupe a depuis réduit son activité dans ce pays.
- Le Ghana reste paradoxalement épargné, malgré sa proximité géographique avec les zones d’influence du JNIM.
- Le Bénin connaît une dégradation rapide de la situation depuis 2025, avec une intensification des violences.
Cette géographie de l’expansion, parfois surprenante, interroge : s’agit-il d’une stratégie délibérée ou plutôt d’une adaptation opportuniste aux opportunités locales ? Les analystes soulignent que cette progression n’est pas linéaire et révèle des tensions internes au sein du groupe.
Le dilemme stratégique du JNIM : étendre ou stabiliser son influence ?
Selon un récent rapport de Crisis Group, l’expansion territoriale du JNIM ne relève pas d’une simple logique d’extension, mais d’un calcul permanent entre risques et opportunités. Plusieurs enjeux clés se dégagent :
- Éviter de laisser le champ libre à des rivaux : ne pas s’étendre pourrait permettre à d’autres groupes armés de s’imposer dans des zones stratégiques.
- Préserver la cohésion interne : une expansion trop rapide pourrait diluer les ressources du groupe et générer des tensions entre les différentes katibas (unités combattantes).
- Adapter la gouvernance aux nouveaux territoires : étendre son influence implique de gérer des populations et des dynamiques locales souvent complexes.
Ce dilemme met en lumière les faiblesses structurelles du JNIM : une organisation décentralisée, où les décisions stratégiques ne sont pas toujours alignées entre les différents niveaux de commandement. Ainsi, une expansion mal maîtrisée pourrait fragiliser la structure même du groupe.
Un contexte géopolitique sous haute tension
L’expansion du JNIM s’inscrit dans un environnement régional marqué par des bouleversements majeurs :
- La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, en réaction aux tensions avec la CEDEAO.
- La persistance de crises politiques et sécuritaires dans plusieurs pays de la région, exacerbant les vulnérabilités locales.
- L’émergence de nouvelles alliances régionales et la redéfinition des équilibres de pouvoir en Afrique de l’Ouest.
Dans ce contexte, comprendre les logiques internes du JNIM est essentiel pour anticiper ses mouvements et concevoir des réponses adaptées. Une analyse fine de ses priorités, de ses ressources et de ses contraintes est indispensable pour élaborer des politiques de sécurité efficaces.
Analyse des intervenants : décrypter les logiques du jihad au Sahel
Plusieurs experts ont participé à une récente analyse sur ce sujet, apportant des éclairages complémentaires :
- Jean-Hervé Jézéquel (International Crisis Group) : spécialiste des questions politiques et sécuritaires en Afrique de l’Ouest, il a souligné l’importance de décrypter les stratégies du JNIM pour mieux comprendre ses interactions avec les dynamiques locales.
- Marte Beldé (Sciences Po Bordeaux) : chercheuse en économie politique des mouvements jihadistes, elle a analysé les mécanismes d’expansion spatiale et les enjeux de gouvernance territoriale.
- Beatriz de León Cobo (GEMASS – Sorbonne Université) : doctorante en radicalisation, elle a exploré les liens entre idéologie et expansion des groupes armés, notamment à travers des études de terrain.
- Dan Sanaren (CERI–Sciences Po / CNRS) : modérateur de la discussion, il a permis de structurer les débats autour des défis sécuritaires actuels.
Leurs interventions ont mis en avant l’importance d’une approche multidisciplinaire pour appréhender la complexité de la menace jihadiste au Sahel et dans le Golfe de Guinée.
Vers une meilleure compréhension des enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest
L’analyse du JNIM et de ses stratégies d’expansion révèle plusieurs enseignements clés pour les pays concernés :
- La nécessité d’une coopération régionale renforcée pour faire face à une menace transnationale.
- L’importance de combiner approche militaire et solutions politiques pour désamorcer les tensions locales.
- Le rôle crucial des études de terrain pour anticiper les évolutions du groupe et adapter les réponses sécuritaires.
En définitive, le JNIM incarne un défi majeur pour la stabilité du Sahel et du Golfe de Guinée. Son expansion, bien que stratégique, reste soumise à des contraintes internes et externes qui en font un acteur complexe à décrypter. Une meilleure compréhension de ses logiques est indispensable pour élaborer des politiques efficaces et préserver la sécurité des populations.