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Ituri : massacre sanglant attribué aux adf, un village rayé de la carte

Publié le 9 août 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Dans la province de l’Ituri, à l’est de la République démocratique du Congo, un nouveau drame a frappé les populations rurales. Treize civils ont été exécutés lors d’une attaque nocturne attribuée aux Forces démocratiques alliées (ADF), milice d’origine ougandaise liée à l’État islamique. Un village entier a été réduit en cendres par les assaillants, plongeant la région dans une nouvelle spirale de violence, malgré la présence des forces armées congolaises.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Une région sous l’emprise de la terreur

Les ADF ont frappé sans pitié, ciblant des civils sans défense avant d’incendier systématiquement les habitations. Presque toutes les maisons du village ont été détruites, forçant les survivants à fuir vers des zones plus sûres, souvent dans des conditions extrêmes. Les méthodes employées — attaques éclair, utilisation massive du feu et recours aux armes blanches — trahissent une stratégie déjà observée à de multiples reprises par ce groupe armé, actif dans la région depuis plus d’une décennie.

L’Ituri, située aux confins de l’Ouganda et du Soudan du Sud, cumule les menaces. Aux ADF s’ajoutent des tensions intercommunautaires entre les milices Hema et Lendu, ainsi que l’influence persistante de groupes armés locaux exploitant les ressources minières artisanales. Depuis mai 2021, la province est placée sous état d’urgence, une mesure exceptionnelle confiant la gestion civile aux militaires, sans pour autant endiguer l’insécurité.

L’opération Shujaa : une lutte sans vainqueur clair

Depuis fin 2021, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) mènent l’opération Shujaa en collaboration avec les Forces de défense ougandaises (UPDF) pour démanteler les bases des ADF dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Pourtant, après près de quatre ans de combats, les résultats restent mitigés. Si certaines positions rebelles ont été détruites, les combattants des ADF se sont dispersés en petites unités mobiles, multipliant les attaques furtives contre les villages isolés plutôt que les affrontements directs avec les troupes régulières.

Cette stratégie de guérilla rend toute riposte efficace extrêmement complexe. Les ADF profitent des vastes forêts, de la frontière poreuse avec l’Ouganda et du manque criant d’infrastructures de communication pour frapper puis disparaître. Chaque massacre alimente les critiques envers le gouvernement de Kinshasa, où l’opposition dénonce l’incapacité à protéger les populations civiles, malgré des moyens militaires importants et le début progressif, en 2024, du retrait de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO).

Un vide sécuritaire aux conséquences dramatiques

Le retrait des Casques bleus laisse un vide que les FARDC peinent à combler. Dans les provinces voisines du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, la montée en puissance du M23, soutenu selon des rapports d’experts onusiens par le Rwanda, mobilise l’essentiel des ressources militaires congolaises. L’Ituri, bien que toujours en proie à une insécurité croissante, devient un théâtre secondaire dans la stratégie sécuritaire de Kinshasa.

Sur le plan humanitaire, la situation est catastrophique. Des centaines de milliers de personnes déplacées survivent dans des camps de fortune autour de Bunia, la capitale provinciale. Les organisations d’aide humanitaire alertent régulièrement sur les pénuries de nourriture et de soins, aggravées par la destruction systématique des villages. L’attaque récente, qui a réduit un hameau en ruines, illustre cette dynamique : chaque nouvelle exaction augmente le nombre de sans-abri et fragilise davantage l’économie locale.

Pour le gouvernement congolais, les enjeux dépassent la simple question militaire. La stabilisation de l’Ituri est cruciale pour la crédibilité de l’État central, la sécurisation des routes commerciales avec l’Afrique de l’Est et l’exploitation des richesses minières de la région. Tant que les ADF conserveront leur capacité à semer la terreur, les investisseurs nationaux et internationaux hésiteront à s’installer, privant la province des fonds nécessaires à sa reconstruction.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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