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Gabon : la scission eau-électricité, une lueur d’espoir pour les services publics ?

Publié le 27 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

« La SEEG doit être réformée si nous souhaitons résoudre durablement cette problématique », a affirmé le président lors de son allocution annuelle sur l’état de la Nation, devant les députés et sénateurs réunis en Congrès.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Cette déclaration résonne comme un constat d’échec du modèle actuel, alors que les interruptions d’eau et d’électricité persistent depuis des années au Gabon.

Le projet présidentiel s’articule autour de deux axes majeurs : dissocier la gestion de l’eau de celle de l’électricité, et séparer les fonctions de production, de distribution et de commercialisation. Une telle réorganisation, selon le chef de l’État, garantirait une administration plus efficiente et plus responsable.

Le Président a illustré les dysfonctionnements actuels, soulignant que « lorsqu’il y a une fuite d’eau, il faut parfois attendre trois mois avant qu’elle ne soit réparée. Si les revenus du secteur dépendaient directement de la qualité du service de l’eau, les interventions seraient bien plus rapides ». Il a ainsi réfuté l’argument selon lequel le secteur de l’eau ne pourrait subsister sans les bénéfices générés par l’électricité.

Ces défaillances opérationnelles sont attribuées à une « mauvaise gouvernance » de la société publique. Le Président a poursuivi : « Ce moment de vérité m’oblige aussi à être franc avec vous. Au-delà des problèmes, les délestages continus sont dus au fait que la SEEG ne paie pas ses opérateurs. »

Cependant, la responsabilité est également partagée avec les usagers. Le chef de l’État a dénoncé « l’incivisme des usagers », énumérant des pratiques préjudiciables telles que le non-paiement des factures, l’enfouissement des compteurs, la fraude, le vol de câbles, le sabotage des transformateurs et les branchements directs illégaux.

Le bilan technique est préoccupant. « Aucun investissement structurant n’a été réalisé ces vingt dernières années », a estimé début 2025 l’administrateur provisoire de la SEEG, Steve Saurel Legnongo, alors même que les besoins en consommation énergétique ont quasiment doublé entre 2010 et 2024.

Les conséquences sont désastreuses pour la population. La capitale, Libreville, est régulièrement soumise à des coupures de courant via un système de délestage tournant, tandis que les interruptions d’approvisionnement en eau peuvent durer plusieurs mois dans certaines localités.

Interrogés, les abonnés de la SEEG affichent des opinions diverses. Mariam Yama, une abonnée, accueille favorablement la séparation des deux secteurs : « Si l’eau et le courant sont séparés, cela signifierait deux entités dédiées à l’efficacité du service. Je pense que ce serait bénéfique. »

Nicole Esso se montre plus circonspecte : « Ce n’est pas un problème nouveau. Les coupures d’eau et de courant sont monnaie courante au Gabon. Cela est dû au fait que le renouvellement des équipements n’a pas suivi. Je crois que nous sommes impatients et pessimistes pour rien. Le chef de l’État est en train de travailler, il faut le laisser faire. »

Patrick Ruffin, militaire à la retraite, pointe du doigt les dérives financières : « Il faut absolument revoir la gestion de la SEEG. »

Cédric Pango, cadre d’entreprise, émet une réserve de taille : « Au sein de la SEEG, il est bien connu que l’activité électrique est plus rentable que celle de l’eau. L’activité eau est délaissée, sans investissement. C’est dans ce sens que je comprends l’approche du chef de l’État. Cependant, si l’on sépare les deux activités avec un secteur eau qui n’est pas rentable, on risque de rencontrer plus de difficultés qu’auparavant. »

Ces dernières années, les autorités ont déjà pris des initiatives pour « soulager la détresse du peuple gabonais face à cette problématique énergétique ».

En février 2025, l’État a signé un accord avec la société turque Karpowership pour la fourniture de 150 mégawatts via deux centrales électriques flottantes destinées à alimenter le Grand Libreville. Le même mois, le Gabon et la Guinée équatoriale ont procédé à l’interconnexion de leurs réseaux électriques.

Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, arrivé au pouvoir par un coup d’État en août 2023 avant d’être élu avec 94,85% des suffrages en avril 2025, le redressement du réseau électrique constitue un enjeu crucial de crédibilité.

La réforme annoncée devra désormais se concrétiser par des actions tangibles, alors que les habitants de Libreville et du reste du pays attendent des résultats concrets.

Entre défis techniques, enjeux financiers et la lutte contre les fraudes, le chantier s’annonce colossal. Mais pour la population, la question est simple : les prochaines semaines marqueront-elles enfin la fin des coupures à répétition, ou s’agira-t-il d’un nouvel épisode dans une crise chronique des services publics ?

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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