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France et Maroc : l’ambition d’un traité d’amitié historique

Publié le 25 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Un signal fort émane des capitales française et marocaine, marquant leur volonté conjointe de forger un texte ancré dans des intérêts stratégiques pérennes. L’objectif est clairement de concevoir un équivalent moderne du traité de l’Élysée, scellé en 1963 entre la France et l’Allemagne par le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer.

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Une commission spéciale est chargée de formuler des recommandations, non de négocier le traité lui-même, tâche qui incombe aux deux gouvernements. Ses missions incluent la définition des principes directeurs du partenariat, l’identification des priorités stratégiques à l’horizon 2035-2040, l’établissement de mécanismes de dialogue politique, et l’esquisse des axes de coopération dans les domaines économique, sécuritaire, militaire, universitaire et culturel.

Cette initiative soulève une question fondamentale : pourquoi un traité d’amitié aujourd’hui ? Il est destiné à remplacer l’accord de La Celle-Saint-Cloud, signé en France le 6 novembre 1955. Cet accord historique avait jeté les bases du retour à l’indépendance du Maroc et de la fin du protectorat, officiellement proclamée le 2 mars 1956, et avait permis le retour de Mohammed V sur le Trône après sa déportation le 20 août 1953.

L’enjeu actuel est de consolider une coopération déjà privilégiée, voire exceptionnelle, tout en édifiant les fondations stratégiques d’une relation équilibrée, projetée sur les décennies à venir.

Les quatre piliers d’un partenariat renforcé

Ce nouveau cadre repose sur quatre piliers essentiels. Le premier est d’ordre économique : Paris s’engagerait à des investissements significatifs dans les secteurs industriels marocains clés tels que l’automobile, le ferroviaire, la défense et le transport maritime. Cet engagement s’accompagnerait d’un soutien à la modernisation grâce aux technologies de pointe.

De son côté, Rabat proposerait un accès préférentiel aux entreprises françaises pour les grands projets d’infrastructures, ainsi que des incitations fiscales attractives.

Le deuxième pilier concerne la sécurité et la coopération en matière d’industrie de défense. Il prévoit des transferts de technologies militaires avec l’ambition de positionner le Maroc comme un centre régional de production d’équipements légers et lourds (aviation, munitions, véhicules militaires, systèmes blindés). Le renforcement des programmes conjoints de formation et d’entraînement, ainsi que l’intensification de la coordination en matière de sécurité et de renseignement, sont cruciaux pour relever les défis sécuritaires régionaux, notamment dans la région du Sahel.

Le domaine culturel constitue le troisième pilier. Il vise à maintenir la place prépondérante de la langue française dans le système éducatif et à promouvoir la francophonie, sans entraver l’ouverture du Royaume à l’anglais, langue internationale des affaires. Faciliter l’accès des étudiants marocains – déjà plus de 42 000 – aux universités françaises, étendre le réseau actuel des douze instituts culturels français et ouvrir de nouveaux établissements scolaires, notamment dans les provinces du Sud, sont des objectifs clés.

Enfin, le quatrième pilier est géopolitique et stratégique. Il se traduit par un soutien ferme de Paris aux intérêts supérieurs du Maroc. Cela inclut un appui au plan d’autonomie pour le Sahara, validé par le Conseil de sécurité des Nations unies dans le cadre du processus de règlement négocié (résolution 2797 du 31 octobre 2025). La France défendrait également les intérêts marocains au sein des institutions de l’Union européenne, notamment dans les secteurs agricole et de la pêche, et dans les divers cadres de coopération bilatérale et multilatérale.

Une portée symbolique et stratégique majeure

La France, quant à elle, compte sur le Maroc pour participer, sous diverses formes, à de nouvelles alliances stratégiques en Afrique de l’Ouest, une région où son influence a progressivement décliné au cours de la dernière décennie. L’objectif est de capitaliser sur la position du Royaume en tant que hub régional.

Ce traité revêt une portée symbolique et diplomatique considérable. Il établirait un lien privilégié entre la France et un État non membre de l’Union européenne, contrastant avec l’Algérie qui n’a pas réussi à concrétiser un accord similaire en plus de vingt ans, malgré les tentatives sous les présidences de Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika, puis d’Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune.

Le Maroc s’affirme désormais comme une puissance régionale incontournable, un carrefour économique dynamique et un acteur majeur sur les questions énergétiques, logistiques et sécuritaires. Ce traité pourrait ainsi servir de modèle, une matrice capable de réarticuler de nouvelles formes de coopération entre l’Europe et l’Afrique.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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