Disparitions de pêcheurs nigérians après des frappes au lac Tchad
Lac Tchad : des pêcheurs nigérians portés disparus après des frappes aériennes du Tchad
Depuis vendredi, l’armée tchadienne mène des frappes aériennes ciblées contre plusieurs îlots situés dans la partie nigériane du lac Tchad, identifiés comme des positions stratégiques de Boko Haram. Ces opérations surviennent après une attaque récente du groupe armé contre des bases militaires tchadiennes.
Selon des témoignages recueillis par l’AFP, des dizaines de pêcheurs nigérians seraient portés disparus depuis trois jours. Un porte-parole d’un groupe d’autodéfense antidjihadiste a révélé que l’opération militaire est toujours en cours, rendant difficile une estimation précise du nombre de victimes.

Des frappes ayant visé des zones de pêche sous contrôle de Boko Haram
Les bombardements tchadiens ont principalement ciblé l’île de Shuwa, un bastion djihadiste situé à la jonction des frontières du Nigeria, du Niger et du Tchad. Cette zone, riche en ressources halieutiques, attire de nombreux pêcheurs nigérians qui y accèdent en payant un impôt à Boko Haram.
Un responsable du syndicat des pêcheurs du lac Tchad a confirmé que « 40 pêcheurs nigérians sont portés disparus et probablement morts noyés » après les frappes. Les survivants évoquent des pertes massives, notamment parmi les habitants des villes nigérianes de Doron Baga et de l’État de Taraba. « Ce n’est un secret pour personne : les pêcheurs paient un tribut à Boko Haram pour exploiter ces îles », a témoigné Adamu Haladu, un pêcheur originaire de Baga.
Un historique de victimes civiles dans les frappes antidjihadistes
Les forces tchadiennes ont déjà été pointées du doigt pour des frappes ayant tué des civils. En octobre 2024, une opération de représailles contre Boko Haram sur l’île de Tilma avait causé la mort de dizaines de pêcheurs nigérians, selon des témoins. L’armée tchadienne avait alors nié toute responsabilité dans ces pertes civiles.
Le lac Tchad, autrefois une étendue paisible, est devenu depuis 2009 un épicentre de l’insurrection djihadiste en Afrique de l’Ouest. Ce conflit a déjà fait plus de 40 000 morts et déplacé deux millions de personnes dans le nord-est du Nigeria, selon les Nations unies. L’insurrection s’est progressivement étendue aux pays voisins, notamment le Niger, le Cameroun et le Tchad.
Une coopération régionale fragilisée
En 2015, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger avaient relancé une force multinationale mixte, créée en 1994, pour lutter contre les groupes armés autour du lac Tchad. Cependant, cette alliance a été affaiblie par les tensions entre États membres. En 2025, le Niger a officiellement quitté cette coalition, compliquant davantage la lutte antidjihadiste dans la région.
L’armée tchadienne n’a pas encore réagi publiquement à ces accusations. La situation reste sous haute tension, avec des conséquences humanitaires dramatiques pour les populations locales.