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Défaite symbolique de la Russie au Sahel : un tournant sécuritaire pour l’afrique de l’ouest

Publié le 5 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le Mali face à l’épreuve : une crise dépassant le cadre militaire

Depuis les récentes attaques meurtrières au Mali, le pays traverse une crise profonde qui dépasse largement le cadre militaire. L’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, peine à incarner une réponse collective efficace. De même, la CEDEAO, dont le Mali s’est retiré en janvier 2025, semble impuissante face à l’ampleur des défis sécuritaires. Entre silences diplomatiques et calculs politiques, l’Afrique de l’Ouest donne l’impression d’un vide stratégique.

Écoutez cet articleEnviron 7 min

Une attaque lourde de conséquences au Mali

Les attaques du 25 avril, notamment à Kati, ont marqué un tournant avec la mort du ministre de la Défense malien, Sadio Camara. Son remplacement par le général Assimi Goïta n’a pas pour autant annoncé un changement de régime ou une chute de Bamako. Malgré les tensions entre les autorités militaires, le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le JNIM, la vie continue au Mali, portée par une résilience légendaire des populations.

Les alliés du Mali dans l’AES : des moyens limités

Le Burkina Faso et le Niger, partenaires du Mali au sein de l’AES, peinent à apporter un soutien concret. Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État burkinabè, a évoqué un « complot monstrueux », mais Ouagadougou reste avant tout préoccupé par sa propre sécurité. Les attaques récentes au Burkina Faso ont encore coûté la vie à de nombreux soldats, limitant ainsi la capacité du pays à s’engager pleinement dans la lutte antiterroriste.

La Charte du Liptako-Gourma, qui scelle l’alliance entre les trois pays sahéliens, évoque un principe d’assistance mutuelle inspiré de l’OTAN. Pourtant, les deux pays font face à des menaces internes majeures, rendant difficile la mise en œuvre de cet engagement. Le Niger a même décrété une journée nationale de jeûne et de prières contre le terrorisme, illustrant l’ampleur de l’enjeu.

La crise malienne révèle l’impuissance des alliances régionales.

La CEDEAO tente de se repositionner face au Sahel

Malgré le retrait du Mali de la CEDEAO, l’organisation régionale appelle à une « mobilisation régionale » pour répondre à la crise. Une réunion à Lomé, au Togo, a réuni des représentants de l’AES, de la CEDEAO, de l’Union africaine, de la France, de l’Union européenne et de la Russie. Un signe fort de volonté de dialogue et de coopération.

Le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, a réaffirmé que les portes restaient ouvertes pour un dialogue respectueux de la souveraineté des États sahéliens. Ces ouvertures pourraient permettre à la CEDEAO de retrouver progressivement une place centrale dans la gestion des crises au Sahel.

L’Union africaine et la quête de mécanismes continentaux

L’Union africaine insiste sur l’importance des « mécanismes continentaux » pour éviter une déstabilisation sécuritaire accrue au Sahel central. La création de l’AES a en effet déstructuré l’architecture de sécurité régionale, malgré l’échec du G5 Sahel, dissous en 2023.

Bien que la CEDEAO prévoie le déploiement d’une brigade antiterroriste de 1 650 hommes d’ici fin 2026, une mission plus large reste incertaine. Les experts soulignent la nécessité d’une coopération sécuritaire renforcée, incluant l’échange de renseignements et la mutualisation des moyens, pour faire face aux groupes armés.

La Russie subit une déroute stratégique.

Les États-Unis, un acteur en reconquête au Sahel ?

Les États-Unis, après un désintérêt relatif sous l’administration précédente, affichent un regain d’attention pour le Sahel. Des hauts responsables américains se sont rendus dans la région, y compris au Niger, d’où les militaires américains avaient été expulsés. Cette reprise de contact s’explique par l’évolution des enjeux géostratégiques.

La situation au Mali illustre l’échec de la Russie, dont le symbole le plus marquant est la mort de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure pro-russe. Le départ des paramilitaires d’Africa Corps de Kidal confirme cette déroute. Un mythe s’effondre : celui d’une Russie capable de garantir la sécurité des régimes sahéliens.

Les États-Unis pourraient saisir cette opportunité pour renforcer leur présence au Mali, notamment en raison des ressources stratégiques de la région. Une compétition géopolitique s’annonce, où la question des alliances sécuritaires sera centrale.

Menace sur les pays du golfe de Guinée : un effet domino possible ?

Les pays côtiers, comme le Bénin, le Ghana, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal, surveillent avec attention la situation au Mali et au Burkina Faso. Une aggravation de la crise malienne pourrait avoir des répercussions sur ces pays, notamment en Mauritanie ou au Sénégal.

Le Togo tente de jouer un rôle de médiateur en formant un « pont avec le Sahel ». Une initiative à suivre, tant les tensions sécuritaires au Burkina Faso inquiètent les pays voisins. La crainte d’un effet domino sahélien est bien réelle, tout comme le questionnement sur la viabilité de l’AES.

Le Sahel ne peut pas être extrait de l’Afrique de l’Ouest.

Un effet domino au Burkina Faso ?

Le cas malien est spécifique et difficilement reproductible ailleurs. Le Front de libération de l’Azawad (FLA) n’opère pas au Burkina Faso, où les dynamiques locales diffèrent. Les attaques au Mali s’expliquent par une combinaison de crises sécuritaires au Nord et politiques à Bamako.

Ironiquement, ces attaques pourraient renforcer la cohésion nationale au Mali. Face aux menaces extérieures, la population se rallie autour de son armée et de l’intégrité territoriale. Les autorités n’ont même plus besoin de discours mobilisateurs, le patriotisme étant déjà galvanisé.

Au Burkina Faso, malgré la perte de contrôle de vastes zones par le pouvoir central, aucun mouvement protestataire ne semble assez influent pour s’allier aux djihadistes du JNIM et déstabiliser le pays. La vigilance reste de mise, mais l’effet domino n’est pas encore une réalité.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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