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Niger : massacre de doungouro, quand les vdp basculent dans l’horreur

Publié le 5 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Un double drame secoue le village de Doungouro en Tillabéri

Le lundi 4 mai 2026, le village de Doungouro, situé dans la région de Tillabéri au Niger, a été le théâtre d’une tragédie aux proportions dramatiques. Une attaque revendiquée par l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS) a d’abord coûté la vie à quatre civils innocents. Mais l’intervention des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) de la commune de Kokorou a transformé cet événement en un véritable carnage. Sous couvert de traquer les terroristes, ces miliciens ont ouvert le feu sur une population désarmée, entraînant la mort de 28 civils supplémentaires. Un bilan accablant qui pose une question cruciale : jusqu’où la junte nigérienne tolérera-t-elle ces exactions impunies ?

Écoutez cet articleEnviron 6 min
Illustration du massacre de Doungouro au Niger

L’EIGS frappe une nouvelle fois dans la zone des trois frontières

L’aube n’avait pas encore dissipé les brumes matinales sur Doungouro ce jour de marché hebdomadaire. Des hommes armés, membres de l’État Islamique au Grand Sahara, ont envahi les lieux dans un assaut éclair. Leur double objectif : semer la terreur et s’emparer de ressources. En quelques instants, quatre civils ont été exécutés sans pitié devant des témoins paralysés par la peur. Les assaillants ont ensuite pillé l’intégralité du bétail disponible avant de s’enfuir vers l’ouest, en direction de la frontière malienne. Une opération éclair qui rappelle, une fois de plus, les failles criantes de la sécurité dans la zone des trois frontières, malgré les affirmations rassurantes des autorités de Niamey.

Les VDP : une intervention plus meurtrière que l’attaque terroriste

C’est après le départ des terroristes que le cauchemar a pris une tournure encore plus sombre pour les survivants. Alertés par l’attaque, les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) de Kokorou se sont rendus à Doungouro. Mais au lieu de protéger les habitants, ces miliciens, souvent surnommés DomolLeydi par les locaux, ont déclenché une vague de violence aveugle. Leur critère de sélection ? Le port d’un turban. Pour ces hommes mal encadrés et mal formés, quiconque portait ce vêtement traditionnel était automatiquement suspecté d’être un terroriste.

Le bilan est accablant : 28 civils tués, dont plusieurs commerçants venus de Téra. Ces victimes étaient simplement présentes au marché, vêtues selon les coutumes locales. Un survivant a témoigné que les miliciens tiraient sur tout ce qui bougeait et portait un turban, sans distinction ni vérification. Une exécution sommaire de masse qui laisse peu de place au doute sur la nature de cette intervention.

Les DomolLeydi : une stratégie sécuritaire aux conséquences désastreuses

Le massacre de Doungouro révèle les failles profondes de la stratégie de sécurité mise en place par la junte nigérienne. En s’appuyant massivement sur des milices citoyennes pour compenser les lacunes de l’armée régulière, le pouvoir de Niamey a créé une bombe à retardement. Les VDP, bien que reconnus officiellement, évoluent souvent dans un flou juridique et opérationnel total. Sans encadrement strict et sans la présence constante de militaires professionnels, ces groupes sombrent régulièrement dans des dérives communautaires. À Doungouro, le profilage ethnique et vestimentaire est devenu la norme.

Depuis le coup d’État, les autorités appellent à l’autodéfense des populations. Cependant, armer des civils sans leur inculquer le respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme revient à ouvrir la boîte de Pandore. La junte, prompte à dénoncer les ingérences étrangères, reste étrangement silencieuse face aux exactions commises par ses propres supplétifs. Le massacre de Doungouro n’est pas un cas isolé : il s’inscrit dans une série de bavures qui sapent la confiance entre les civils et les forces de défense.

Une remise en question urgente pour éviter une spirale de violence

En ciblant des commerçants et des forains, les VDP ne font que renforcer le sentiment d’insécurité et, paradoxalement, poussent certaines communautés marginalisées vers les groupes armés terroristes. Ces derniers se présentent alors comme les protecteurs des populations, exploitent leur mécontentement et recrutent de nouveaux membres. Pour le Niger, cette stratégie est un échec cuisant : on ne gagne pas une guerre en se retournant contre son propre peuple.

Le gouvernement de transition doit impérativement mener une enquête indépendante sur les événements de Doungouro et sanctionner les responsables des exécutions sommaires. Il est temps de repenser le rôle des VDP en interdisant toute opération en dehors de la supervision directe des forces régulières. Le profilage basé sur l’ethnie ou l’accoutrement doit cesser, car il fragilise la cohésion nationale. Sans une refonte radicale de cette politique, Doungouro restera le symbole d’une dérive sanglante où l’État, par le biais de ses milices, cause plus de tort aux civils que les terroristes eux-mêmes. Les familles des 32 victimes méritent des réponses. Les morts de ce lundi noir ne sont pas des dommages collatéraux : ils sont les victimes sacrifiées d’une stratégie sécuritaire à la dérive.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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