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Mali : assimi goïta cumule pouvoir et défense après revers à Kidal

Publié le 5 mai 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Une concentration inédite du pouvoir à Bamako

En s’attribuant officiellement le poste de ministre de la Défense en sus de ses fonctions de Chef de l’État, le Colonel Assimi Goïta parachève une centralisation des pouvoirs sans précédent à Bamako. Cette décision, loin d’être anodine, révèle une stratégie sécuritaire en crise : chaîne de commandement paralysée, stratégie militaire inefficace, et perte de contrôle stratégique comme en témoigne la chute de Kidal. Entre l’échec des opérations militaires et les limites du partenariat avec la Russie, le Mali entre dans une ère d’incertitude.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Kidal, symbole d’un échec militaire retentissant

Il y a peu, les autorités célébraient avec force médiatique la « libération » de Kidal, présentée comme la preuve d’une souveraineté recouvrée. Pourtant, la réalité est tout autre : la ville, verrou essentiel du Nord, est retombée sous l’emprise des groupes armés, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et les forces de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA/FLA).

Ce revers n’est pas seulement symbolique. Il révèle l’incapacité des forces maliennes à maintenir leurs positions, malgré les discours sur leur montée en puissance. Le JNIM a affiné ses tactiques, isolant les garnisons et coupant les routes de ravitaillement, transformant les victoires éphémères en défaites durables.

Pourquoi l’armée malienne peine à tenir ses positions ?

  • Absence d’administration civile stable dans les zones reconquises.
  • Vide sécuritaire exploité par les groupes armés pour réoccuper rapidement les territoires.
  • Stratégie militaire inadaptée face à des groupes mobiles et résilients comme le JNIM.

Wagner et Africa Corps : un partenariat sécuritaire en doute

Pour contrer l’influence française, Bamako a choisi de s’allier à la Russie, via les groupes paramilitaires Wagner (rebaptisés Africa Corps). Pourtant, les résultats sur le terrain peinent à convaincre. Les méthodes russes, souvent brutales, radicalisent les populations locales et alimentent le recrutement des groupes terroristes.

Les échecs militaires se multiplient : ambuscades répétées, pertes humaines élevées, et manque de soutien aérien ou logistique efficace. Avec le conflit ukrainien qui s’éternise, la Russie peut-elle réellement fournir au Mali l’appui nécessaire pour contrer la mobilité du JNIM ? La réponse reste floue.

Un isolement diplomatique qui aggrave la crise

En quittant la CEDEAO pour fonder l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali a misé sur l’autonomie sécuritaire. Pourtant, les frontières restent porositaires, et le terrorisme ne connaît pas de limites. Résultat : Bamako se prive de renseignements cruciaux et de soutiens logistiques de ses voisins.

Le cumul des mandats par Assimi Goïta est perçu comme un raidissement autoritaire, rendant le dialogue régional encore plus complexe. Le Mali se trouve dans une paradoxe inquiétant : il revendique sa souveraineté par les armes, mais dépend de forces extérieures peu transparentes et d’une chaîne de commandement centralisée.

Vers un enlisement durable du Mali ?

Pour les populations du Centre et du Nord, le constat est sans appel : l’insécurité progresse, malgré les changements de leadership et les alliances géopolitiques. Les attaques contre les convois civils et militaires sont désormais quasi quotidiennes.

Assimi Goïta joue son dernier atout : s’il ne parvient pas à inverser la tendance, le mécontentement social, actuellement étouffé par une répression sécuritaire, pourrait exploser. L’histoire africaine regorge d’exemples où la concentration excessive du pouvoir a mené à des crises majeures.

Quelles solutions pour éviter l’effondrement ?

  • Repenser la stratégie globale : la force brute et les alliances mercenaires ont montré leurs limites.
  • Retour à une gouvernance inclusive pour rétablir la confiance des populations.
  • Réoccupation sociale des territoires pour couper l’herbe sous le pied des groupes armés.

Le Colonel Goïta doit rapidement passer d’une communication guerrière à un réalisme politique. Car au-delà des titres et des uniformes, c’est l’existence même de l’État malien qui se joue dans les régions instables du Nord.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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