Crise humanitaire à Bamako après la destruction du camp de Faladiè
Le paysage urbain de la périphérie de Bamako a radicalement changé ce dimanche. Les autorités ont procédé à la démolition complète du marché à bétail de Faladiè, laissant derrière elles un vide immense et une détresse humaine profonde. Ce site, qui servait de plaque tournante pour le commerce d’animaux, était également devenu le refuge de nombreux déplacés internes au Mali ayant fui les zones de conflit.
Cette intervention radicale s’inscrit dans une stratégie sécuritaire amorcée en septembre 2024. À la suite des assauts menés par le Jnim contre des points stratégiques comme l’école de gendarmerie, le gouvernement du Mali a ordonné le déplacement des marchés à bétail. Ces lieux étaient soupçonnés de servir de cachettes à des éléments terroristes. Cependant, le garbal de Faladiè abritait plus qu’un simple commerce : c’était le foyer de centaines de familles vulnérables, principalement venues du centre du pays.
Le désespoir des familles déplacées
Parmi les victimes de cette évacuation forcée figure Dado, une mère de famille originaire du cercle de Bankass. Installée ici depuis 2020 pour échapper à l’insécurité, elle se retrouve aujourd’hui sans toit avec ses sept proches. « Nous pensions avoir trouvé un havre de paix à Bamako », confie-t-elle avec amertume.
Comme elle, plus de 300 foyers, totalisant environ 2 000 individus, vivent désormais dans le dénuement le plus total. Les femmes et les enfants sont les premiers touchés par ce manque criant de vivres, d’eau potable et de soins médicaux de base dans les décombres de l’ancien camp.
Une relocalisation problématique à Sanankoroba
Bien que l’État ait prévu de diriger ces populations vers Sanankoroba, situé à environ 35 kilomètres de la capitale, la réalité sur le terrain est tout autre. De nombreux témoignages indiquent que ce nouveau site n’est pas encore opérationnel pour accueillir dignement les déplacés.
Pour les anciens résidents de Faladiè, l’urgence absolue est de retrouver un abri. Avant cette destruction, beaucoup survivaient en collectant des déchets pour les revendre aux éleveurs. Aujourd’hui, cette économie de survie a disparu. Malgré l’histoire de ce camp informel soutenu depuis 2019 par des ONG, les autorités de la Direction nationale du développement social restent prudentes, jugeant prématuré tout commentaire officiel sur cette crise humanitaire naissante.