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Composition du gouvernement sénégalais : 5 enseignements clés à retenir

Publié le 3 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le Président Bassirou Diomaye Faye a dévoilé, en début de semaine, la liste des nouveaux membres de son gouvernement. Dix jours après le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko, cette équipe de 30 personnes, dirigée par Ahmadou Al Amine Mohamed Lo, se retrouve confrontée à une mission complexe : redresser une économie sénégalaise asphyxiée par une dette abyssale et un climat social tendu.

Écoutez cet articleEnviron 7 min

Ce gouvernement, composé de 26 ministres et 4 ministres délégués, ne compte que 4 femmes, aucune n’occupant de poste régalien. Par ailleurs, le PASTEF (Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité), parti historique d’Ousmane Sonko désormais à la tête de l’Assemblée nationale, a choisi de boycotter cette nouvelle formation, créant une dynamique de cohabitation inédite dans l’histoire politique du pays.

Le premier ministre du Sénégal

1. Un gouvernement sans assise parlementaire

Quelques heures avant l’annonce officielle, le PASTEF a publié un communiqué confirmant son retrait du gouvernement en raison de « divergences profondes » avec le chef de l’État. Parmi les figures emblématiques ayant quitté l’équipe précédente figurent Birame Souley Diop (Énergie), Yacine Fall (Justice), Amadou Ba (Culture) ou encore Ndeye Khady Gueye (Sports et Jeunesse).

Départs de figures du PASTEF

Pourtant, certains anciens cadres du parti ont été maintenus, comme Balla Moussa Fofana (Urbanisme), Yancoba Diémé (Défense) ou Cheikh Diba (Finances, Énergie, Économie et Plan). Cette stratégie de conservation de certains profils illustre la volonté de l’exécutif de maintenir une continuité dans la gestion des affaires publiques.

2. Une représentation féminine en net recul

Sur les 30 membres de l’équipe gouvernementale, seulement 4 femmes occupent des postes, contre 5 dans l’ancienne formation. Parmi elles, trois sont ministres à part entière et une est ministre déléguée. Les portefeuilles attribués concernent des secteurs comme la Famille, les Sports, les Pêches ou encore la Culture.

Cette sous-représentation a suscité des réactions vives de la part des associations féministes. Le Dr Coumba Mar Gadio, membre du Réseau des Femmes Leaders Africaines (AWLN), a souligné que cette configuration « ne reflète ni le poids démographique des femmes dans la société sénégalaise ni leur expertise dans des secteurs stratégiques ». Elle a appelé à des mesures correctives pour renforcer leur présence dans les instances décisionnelles.

Malgré la loi sur la parité de 2010, qui vise à garantir une égalité d’accès aux postes électifs et décisionnels, son application reste limitée aux institutions partiellement ou totalement électives.

3. La dette et les relations avec le FMI, un défi majeur

Dette et FMI : un enjeu économique

Le Sénégal, étranglé par une dette dépassant les 7 milliards de dollars, dont une partie dissimulée sous l’ère Macky Sall, refuse jusqu’à présent toute restructuration. Pourtant, cette question cristallise les tensions entre le Président Faye et Ousmane Sonko lors des négociations pour la formation du gouvernement.

Amath Ndiaye, économiste à l’Université Cheikh Anta Diop, estime que « tout porte à croire que l’on s’achemine vers une nouvelle approche concernant la dette ». Il souligne la nécessité de trouver un accord avec le FMI pour reprofiler ou restructurer la dette, tout en admettant la difficulté de concilier cette démarche avec les attentes sociales croissantes.

« Le gouvernement est pris entre deux logiques contradictoires : négocier avec le FMI pour assainir la dette tout en répondant aux revendications sociales liées au chômage, au coût de la vie et aux services publics », explique-t-il. « La principale difficulté réside dans la nécessité de répondre simultanément à ces deux impératifs. »

4. Une cohabitation inédite et ses risques

Cohabitation politique : un défi institutionnel

Moussa Diaw, professeur émérite de Sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, parle d’une « situation inédite » au Sénégal. Cette dynamique est née de la rupture entre la majorité parlementaire, issue des élections législatives de novembre 2024, et un Président de la République issu du même parti, mais dont les orientations politiques divergent désormais.

« Il n’y a plus cette convergence de vues sur l’orientation politique à adopter pour répondre aux questions de reddition des comptes, à la résolution de la dette ou aux injustices liées aux manifestations de 2021 à 2024 », explique-t-il. « On se retrouve dans une situation de cohabitation où le Président, sans majorité, tente de gouverner tandis que le Parlement, dominé par le PASTEF, impose ses conditions. »

Cette configuration, inédite pour le Sénégal, exige une grande prudence des deux institutions pour éviter une crise institutionnelle. « Le gouvernement Al Aminou Lo n’a pas de marge de manœuvre », souligne Moussa Diaw. « Un gouvernement sans majorité est un gouvernement fragilisé, qui ne peut se permettre des projets novateurs s’écartant de la ligne tracée par la majorité. »

5. Une répartition des pouvoirs conforme à la Constitution

Selon Moussa Diaw, le Président de la République et le Président de l’Assemblée nationale doivent placer l’intérêt du Sénégal au-dessus des considérations politiques. « La présidence et l’Assemblée nationale ont des prérogatives constitutionnelles distinctes. Chacun doit jouer son rôle avec responsabilité pour éviter une crise institutionnelle dans un contexte économique difficile. »

Il insiste sur la nécessité d’une concertation permanente entre les deux institutions pour surmonter les défis du pays. « Il faut s’armer de courage, mettre l’intérêt supérieur du Sénégal au-dessus de toute ambition politicienne, et éviter les rapports de force inutiles. »

Cette cohabitation, bien que complexe, représente une opportunité pour le Sénégal de démontrer sa maturité institutionnelle et de prouver que les mécanismes démocratiques peuvent fonctionner même dans des contextes de divergence politique.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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