Exportation de l’or vers Dubaï : bilan financier du Cameroun et situation en République centrafricaine

L’exportation de l’or vers Dubaï révèle des pertes colossales pour le Cameroun : et la RCA dans tout cela ?

Au cours des cinq dernières années, l’exportation de l’or brut vers Dubaï a mis en lumière des pertes financières majeures pour plusieurs pays africains. Le Cameroun, souvent cité en exemple, affiche un déficit criant dans la gestion de ses ressources minières. Mais qu’en est-il de la République centrafricaine (RCA) ? Ce pays, riche en minerais, est-il condamné à subir le même sort ou peut-il transformer cette manne en opportunité pour son développement ?

Un constat alarmant : le Cameroun, exemple de mauvaise gestion des ressources aurifères

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2018 et 2023, le Cameroun a enregistré des pertes estimées à plusieurs centaines de millions de dollars en raison de l’exportation non régulée de son or vers les Émirats arabes unis. Les exportations clandestines et le manque de transparence dans la filière ont privé l’État de ressources vitales pour son économie. Cette situation soulève une question cruciale : qui profite réellement de ces transactions ?

Des acteurs opaques et une gouvernance défaillante

Derrière ces flux financiers se cachent souvent des intermédiaires peu scrupuleux et une chaîne de contrôle défaillante. Les contrats miniers, signés dans l’ombre, échappent trop souvent au contrôle des institutions publiques. Résultat : une partie des recettes générées par l’exploitation aurifère ne revient pas dans les caisses de l’État, mais alimente des comptes privés ou des circuits frauduleux.

Cette opacité favorise également le trafic illégal, alimentant des réseaux criminels qui prospèrent grâce à l’anarchie dans la gestion des mines. Les populations locales, quant à elles, restent privées des retombées économiques promises par ces exploitations.

La République centrafricaine face à un défi similaire : évitera-t-elle le piège ?

La RCA, où l’exploitation de l’or est en plein essor, doit tirer les leçons de l’expérience camerounaise. Avec des réserves aurifères estimées à plus de 800 tonnes, le pays dispose d’un potentiel énorme. Pourtant, les défis sont immenses : corruption, manque d’infrastructures et instabilité politique freinent son développement minier. Comment éviter de reproduire les mêmes erreurs ?

Des pistes pour une exploitation responsable

Plusieurs mesures pourraient permettre à la RCA de sécuriser ses revenus miniers et de les utiliser au profit de sa population :

  • Renforcer la transparence dans les contrats miniers en publiant les accords signés avec les entreprises étrangères.
  • Lutter contre la fraude en modernisant les systèmes de traçabilité de l’or, comme le propose le Processus de Kimberley pour les diamants.
  • Investir dans la formation des acteurs locaux pour qu’ils puissent contrôler et superviser efficacement le secteur.
  • Encadrer les exportations via des partenariats avec des pays partenaires, comme Dubaï, pour éviter les fuites financières.

Un patrimoine national ou une ressource pillée ?

Le débat est ouvert : l’or de la RCA doit-il être considéré comme un patrimoine collectif, géré au service de l’intérêt général, ou comme une opportunité économique à exploiter par quelques-uns ? La réponse dépendra de la capacité des autorités à instaurer une gouvernance rigoureuse et à résister aux pressions des lobbies miniers.

Une chose est sûre : sans une réforme en profondeur du secteur, la RCA risque de voir ses ressources s’envoler vers des paradis fiscaux, privant son peuple des fruits de son sous-sol. Le Cameroun nous a montré la voie à éviter. À la RCA de choisir la sienne.