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Ce que l’influence croissante des puissances militaires étrangères change pour les Togolais

Publié le 8 septembre 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Dans le nord du Togo, une compétition stratégique discrète mais intense prend forme. Plus de 300 membres du Corps africain russe, l’entité établie par Moscou après la restructuration de Wagner, mènent désormais des activités sur le territoire. Parallèlement, la Turquie intensifie son déploiement sécuritaire, s’appuyant notamment sur des intermédiaires liés à la société militaire privée SADAT.

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Cette dynamique marque un tournant pour l’État togolais. Loin de se limiter à des accords militaires temporaires, le pays se transforme progressivement en un théâtre d’affrontements d’influence entre puissances rivales. Si Moscou et Ankara affichent une volonté d’apporter leur soutien contre le terrorisme, les véritables gains se mesurent en termes d’accès politique, de contrats d’armement, de renseignement et de positionnement stratégique régional.

Une souveraineté nationale mise à l’épreuve par l’externalisation

Ce recours accru à des intervenants extérieurs pose la question du rôle dévolu aux Forces armées togolaises. Pourtant dotée de cadres compétents et de militaires formés à l’international, l’armée nationale semble reléguée au second plan par des décisions politiques qui favorisent la dépendance. Confier des segments entiers de la défense à des partenaires étrangers expose le pays à une perte progressive de son autonomie décisionnelle, le fournisseur d’armes ou de renseignements devenant rapidement indispensable au cœur même des structures de commandement.

La souveraineté ne réside pas seulement dans les effectifs militaires, mais dans la capacité d’un pays à définir seul sa politique de défense. Dès lors, le manque de transparence autour de ces accords interroge. Quels engagements lient le Togo à ces entités ? Quels sont les coûts réels pour les contribuables et sous quelle juridiction ces forces étrangères opèrent-elles en cas d’incident avec les populations civiles ?

Des contrats opaques et un manque de contrôle démocratique

S’associer avec la Russie, la Turquie ou d’autres alliés relève des prérogatives d’un État souverain. Toutefois, cette diversification exige un contrôle démocratique rigoureux. L’opacité qui entoure les dépenses de sécurité nationale empêche les citoyens d’évaluer l’efficacité de ces investissements. Le Parlement et la société civile demeurent écartés de l’examen de contrats pourtant lourds de conséquences financières et humaines.

De plus, l’externalisation de la sécurité risque d’engendrer un affaiblissement structurel des institutions de défense locales. En privilégiant des solutions clés en main fournies par des puissances étrangères, l’État risque de négliger le renforcement durable de son armée, de ses services de renseignement et de la surveillance autonome de ses frontières, créant ainsi un engrenage de dépendance difficile à rompre.

L’argument de la lutte antiterroriste face aux réalités sociales

La menace posée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) dans le nord du Togo est incontestable. Néanmoins, ce péril sécuritaire ne doit pas servir de justification absolue pour légitimer toutes les dérives. Une lutte efficace contre l’extrémisme ne repose pas uniquement sur une réponse militaire externe, mais sur une approche globale intégrant le développement économique et la justice sociale.

Pendant que le pouvoir privilégie les négociations géopolitiques, les préoccupations concrètes de la population demeurent sans réponse. L’accès à l’eau potable, à l’éducation, à la santé et la lutte contre le chômage des jeunes sont des piliers fondamentaux de la stabilité nationale. Une zone frontalière délaissée par les services publics reste vulnérable, quelles que soient les armes déployées pour la défendre.

Le risque d’un verrouillage politique sous prétexte de sécurité

Cette militarisation croissante s’accompagne d’un rétrécissement continu de l’espace démocratique au Togo. Les restrictions de libertés publiques et les réformes constitutionnelles récentes renforcent le sentiment d’un système politique verrouillé. La logique sécuritaire tend à assimiler toute contestation ou opposition politique à une menace pour la sûreté de l’État.

L’armée nationale a pour mission de protéger la patrie et ses institutions démocratiques, et non de servir d’outil pour maintenir un régime en place. L’introduction d’acteurs de sécurité étrangers complique encore cette distinction cruciale. Pour éviter de devenir le terrain de jeu des rivalités internationales, le Togo doit recentrer sa politique sur ses citoyens et sur la consolidation d’un modèle démocratique transparent et équilibré.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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