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Burkina Faso : le commerce des deux-roues sous pression, symbole d’une économie bridée

Publié le 8 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, le Burkina Faso connaît une transformation profonde marquée par une centralisation accrue de la gouvernance. Si le discours officiel met en avant la souveraineté et la réorganisation stratégique, la réalité socio-économique sur le terrain est tout autre. Derrière les déclarations de rupture, la population burkinabè, et notamment le secteur commercial, sombre dans une détresse silencieuse, pris dans un engrenage de restrictions où la concertation semble avoir laissé place au décret unilatéral.

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Dernier exemple de cette gouvernance verticale : le conflit qui oppose, depuis plusieurs mois, le ministère du Commerce aux vendeurs de cyclomoteurs. Les nouvelles mesures imposées par les autorités pour réguler drastiquement la vente, les prix et l’usage des deux-roues ont porté un coup dur à un secteur déjà fragilisé.

Un secteur vital sous contrainte

Au Burkina Faso, la moto n’est pas un luxe ; elle constitue le principal moyen de déplacement urbain et rural, et la source de revenus de milliers de familles. En s’attaquant à la régulation des prix et en restreignant les conditions de vente ainsi que la circulation de certains modèles, le régime militaire touche un secteur névralgique.

Sur les marchés de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, le mécontentement est perceptible, bien que discret. Les commerçants décrivent une rupture totale du dialogue social :

« Auparavant, il existait des cadres de négociation. Aujourd’hui, les ordres viennent d’en haut et doivent être exécutés sans opposition. Si l’on conteste, on est qualifié d’antipatriote », témoigne, sous couvert d’anonymat, un grand importateur de la place.

La verticalité et le silence imposé

Depuis la prise de pouvoir du capitaine Traoré, les acteurs économiques décrivent un climat où une seule volonté s’impose à la nation. Cette centralisation excessive génère une imprévisibilité chronique pour les affaires. Les opérateurs économiques se retrouvent coincés : d’un côté, la hausse des coûts d’importation et les réalités du marché mondial ; de l’autre, des injonctions étatiques strictes fixant les prix de vente en dessous du seuil de rentabilité.

Les conséquences de cette politique autoritaire sont immédiates :

  • Asphyxie financière : Les petits revendeurs, incapables de suivre les marges imposées, risquent la faillite.
  • Pénuries artificielles : Face au blocage des prix, certains importateurs préfèrent suspendre leurs commandes, menaçant l’offre.
  • Insécurité juridique : Les nouvelles restrictions de circulation, officiellement justifiées par des motifs sécuritaires, paralysent le transport de marchandises dans plusieurs localités.

L’appel d’une économie en souffrance

La souffrance du peuple burkinabè, et plus particulièrement de sa classe marchande, se vit désormais en silence. Dans un contexte de transition militaire rigide, la peur des représailles verrouille l’expression publique des griefs. Pourtant, la réalité économique est tenace : on ne décrète pas la prospérité par de simples ordres.

En voulant tout contrôler, de la chaîne logistique jusqu’à l’usage quotidien des citoyens, le pouvoir de transition s’expose au risque de rompre le fragile équilibre économique qui maintient le pays à flot. Pour les commerçants de deux-roues, le constat est amer : la souveraineté économique tant vantée ressemble de plus en plus à un dirigisme asphyxiant.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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