Bénin et Togo unissent leurs forces pour briser la dépendance énergétique
Bénin et Togo : une alliance stratégique contre la précarité énergétique
Pour échapper à leur vulnérabilité face aux fournisseurs d’énergie extérieurs, le Bénin et le Togo renforcent leur collaboration. L’objectif est clair : sécuriser leur approvisionnement électrique afin de soutenir le développement de leurs zones industrielles clés.
L’incendie de la centrale d’Akosombo au Ghana, en avril de cette année, a brutalement rappelé l’urgence de cette démarche. La panne a privé le réseau régional de 1 000 mégawatts, provoquant des coupures immédiates chez leurs voisins. Cet événement illustre une réalité inquiétante : en cas de crise, chaque nation priorise ses propres besoins énergétiques.
Les difficultés ne datent pas d’hier. Dès 2024, le Togo avait dû injecter 31 milliards de FCFA pour pallier l’arrêt du Gazoduc ouest-africain et le manque de gaz en provenance du Nigeria. Ces défaillances répétées révèlent l’insuffisance de la Communauté Électrique du Bénin (CEB), fondée en 1968 mais limitée à un rôle de transit, sans production autonome.
Le barrage d’Adjarala : un projet phare pour l’indépendance énergétique
La réponse ne peut plus être uniquement technique, elle doit être politique. Le projet du barrage d’Adjarala sur le fleuve Mono incarne cette ambition. Avec un investissement de 266 milliards de FCFA pour une capacité de 147 mégawatts, cette infrastructure garantit une production stable sur trois décennies. Elle permettra également d’irriguer 14 700 hectares de terres au Togo, renforçant ainsi la sécurité alimentaire.
Pour le Bénin, cette autonomie énergétique est un impératif. Les zones économiques spéciales de Glo-Djigbé et d’Adétikopé, qui attirent des investissements majeurs pour la transformation du coton et du cajou, ne peuvent plus dépendre des aléas des pays voisins. Une intégration régionale renforcée est désormais indispensable pour attirer et retenir les capitaux étrangers.
Financer l’avenir : mobiliser l’épargne locale pour l’énergie
Face au désengagement progressif des bailleurs internationaux des projets énergétiques fossiles, le Bénin et le Togo explorent des solutions innovantes. Leurs Caisses Nationales de Sécurité Sociale (CNSS) et compagnies d’assurances, disposant de réserves importantes, pourraient être sollicitées pour financer des infrastructures à long terme. L’émission d’obligations énergétiques communes, garanties par les deux États, transformerait cette épargne en un moteur de développement régional.
Un tournant politique sous le signe de la coopération
La visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Lomé, en juin 2026, a marqué un jalon historique. Les deux pays ont acté une feuille de route ambitieuse : le Bénin s’engage à injecter 100 mégawatts supplémentaires dans le réseau tous les deux ans, tandis que le Togo vise l’électrification totale d’ici 2030. Cette convergence de volontés politiques offre une opportunité unique de concrétiser enfin une autonomie énergétique partagée.