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Au Burkina Faso, le chef de la junte rejette la démocratie et prolonge son pouvoir

Publié le 3 avril 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

au Burkina Faso, le chef de la junte rejette la démocratie et prolonge son pouvoir

Le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du Burkina Faso depuis un putsch en septembre 2022, a clairement écarté toute perspective démocratique pour son pays. Une charte récemment adoptée lui permet désormais de rester au pouvoir jusqu’en 2029 et de se présenter aux prochaines élections.

Écoutez cet articleEnviron 4 min
Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte au pouvoir au Burkina Faso

Lors d’une déclaration télévisée le 2 avril dernier, le capitaine Ibrahim Traoré a affirmé sans ambiguïté que la démocratie n’était pas adaptée au Burkina Faso. « On ne parle même pas d’élections d’abord (…) il faut que les gens oublient la question de la démocratie, la démocratie c’est pas pour nous », a-t-il déclaré devant les médias nationaux et internationaux.

Cette prise de position s’inscrit dans un contexte de durcissement du régime militaire. En octobre 2025, la junte a dissous la Commission électorale nationale indépendante (Céni), puis, en février 2026, interdit l’activité de tous les partis politiques, dont les dirigeants étaient déjà sous le coup de suspensions.

une transition politique reportée sine die

Initialement prévue pour juillet 2024, la transition politique vers un retour à l’ordre constitutionnel a été prolongée de cinq ans par une charte adoptée par la junte. Cette même charte autorise Ibrahim Traoré à briguer les scrutins présidentiel, législatif et municipal à l’issue de cette période.

Le chef de l’État de fait a justifié cette décision en évoquant la nécessité de stabiliser le pays, confronté depuis près d’une décennie à une insurrection jihadiste responsable de milliers de victimes. « Nous ne sommes pas dans une démocratie », avait-il déjà reconnu lors d’une précédente intervention.

la justice et les médias sous pression

Ibrahim Traoré a également abordé le cas de son prédécesseur, l’ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, renversé lors du putsch de septembre 2022. Accusé d’être impliqué dans des tentatives de coup d’État et de corruption, Damiba a été extradé du Togo en mars 2026 à la demande des autorités burkinabè. « Un juge l’a déjà vu (…) il est entre les mains de la justice », a confirmé Traoré.

Le régime actuel a également restreint la liberté de la presse. Depuis 2022, plusieurs médias internationaux ont vu leur diffusion suspendue ou interdite au Burkina Faso. Certains journalistes étrangers ont été expulsés du territoire.

une armée burkinabè livrée à elle-même ?

Face aux accusations de violations des droits humains imputées à l’armée et à ses alliés, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), Ibrahim Traoré a démenti toute implication dans des exactions contre des civils. « Il n’y a pas de preuves », a-t-il rétorqué lors de l’entretien.

Concernant l’appui russe, le capitaine Traoré a précisé que Moscou fournissait du matériel militaire, mais que « personne ne forme l’armée burkinabè ». Sur le terrain, les combats contre les groupes armés restent menés par les soldats burkinabè.

Cette déclaration intervient alors que le Burkina Faso, comme d’autres pays du Sahel, fait face à une crise sécuritaire et politique persistante. Les réactions internationales restent à suivre, dans un contexte où les relations avec les anciennes puissances coloniales, notamment la France, se sont fortement dégradées.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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