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Africa corps : la milice russe qui redessine l’influence de Moscou au Sahel

Publié le 26 avril 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

africa corps : la milice russe qui redessine l’influence de Moscou au Sahel

Une position stratégique perdue, des djihadistes et rebelles Touaregs aux portes du pouvoir, et une milice russe en pleine recomposition : le week-end dernier, Kidal, fief historique de la junte malienne, est tombé aux mains des forces rebelles. Un revers pour Africa Corps, cette organisation paramilitaire discrète, mais cruciale pour les ambitions de Moscou en Afrique.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

un retrait stratégique, mais une influence intacte

Alors que les combats faisaient rage dans le nord du Mali, les forces rebelles ont forcé l’Africa Corps à quitter sa base de Kidal, un verrou essentiel pour la junte de Bamako. Pourtant, malgré ce repli, la milice conserve un rôle clé dans la région. Son retrait n’est qu’un ajustement tactique : l’organisation reste un pilier de la politique africaine de la Russie, bien au-delà des frontières maliennes.

Les images des derniers convois militaires russes quittant la ville, sous escorte, ont marqué un tournant. Mais elles ne doivent pas occulter la réalité : Africa Corps continue de structurer les alliances locales, en s’appuyant sur des régimes alliés de Moscou. Une stratégie qui s’étend du Burkina Faso à la Libye, en passant par le Soudan et la République centrafricaine.

naissance d’un géant paramilitaire sous contrôle du kremlin

Officiellement créée fin 2023, Africa Corps est le fruit d’une restructuration des forces russes en Afrique. Son apparition coïncide avec le déclin du groupe Wagner, dont les deux fondateurs, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, ont disparu dans un accident d’avion en août 2023. Cette milice, plus discrète et centralisée que son aînée, est directement supervisée par Iounous-bek Evkourov, vice-ministre russe de la Défense, et supervisée médiatement par le Kremlin.

Son nom n’est pas un hasard. En écho à l’Afrika Korps hitlérienne, il renvoie à une page sombre de l’histoire, tout en symbolisant une nouvelle forme d’ingérence. Contrairement à Wagner, souvent pointé du doigt pour ses exactions, Africa Corps mise sur la discrétion et la coopération avec les gouvernements locaux. Son objectif affiché ? Libérer l’Afrique de la dépendance néocoloniale et chasser les influences occidentales du continent.

objectifs affichés : souveraineté et ressources stratégiques

Dès sa création, Africa Corps a exposé ses ambitions. Selon Igor Korotchenko, ancien colonel et commentateur pro-Kremlin, la milice a pour mission de « soutenir les régimes africains dans leur quête d’autonomie, en éliminant toute présence occidentale et en sécurisant les ressources naturelles ». Une rhétorique qui séduit certains dirigeants du Sahel, lassés des partenariats traditionnels.

Mais cette approche ne se limite pas à un discours. En fournissant hommes et équipements militaires, Africa Corps renforce son ancrage dans des pays comme le Niger, où les juntes montantes voient en Moscou un allié contre l’ancienne puissance coloniale. Une alliance qui sert aussi les intérêts russes : contrôle des routes migratoires, accès à des minerais stratégiques, et projection de puissance loin de l’Ukraine.

le Mali, terrain d’expérimentation d’une nouvelle doctrine

Au Mali, Africa Corps a pris le relais de Wagner en 2024, déployant des centaines de mercenaires pour soutenir la junte de Bamako. Son rôle ? Maintenir le pouvoir face à la rébellion Touareg et aux groupes djihadistes, tout en marginalisant les anciennes puissances occidentales, dont la France. Une mission qui dépasse le simple cadre sécuritaire : il s’agit d’ancrer durablement l’influence russe dans le pays.

Les affrontements de ces derniers jours montrent cependant les limites de cette stratégie. Si Africa Corps a évité jusqu’ici les excès de Wagner, elle n’en reste pas moins controversée. En 2024, le Royaume-Uni l’a accusée de « violations graves des droits humains » et d’« exploitation éhontée des ressources naturelles » du continent. Des soupçons qui pèsent sur son image, malgré sa discrétion.

Alors que le Sahel s’embrase et que les alliances se redessinent, Africa Corps incarne une nouvelle ère de l’influence russe en Afrique. Entre militarisation discrète et diplomatie des ressources, la milice écrit une page méconnue de la géopolitique contemporaine.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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