Africa corps : la milice russe qui étend son influence au Mali et au Sahel

Africa Corps : la milice russe qui étend son influence au Mali et au Sahel

Depuis son retrait de Kidal, la milice Africa Corps reste un acteur clé de la stratégie russe en Afrique. Retour sur cette organisation paramilitaire, héritière controversée de Wagner.

Les combats de ce week-end au Mali ont marqué un tournant : les rebelles touaregs, soutenus par des groupes djihadistes, ont repris le contrôle de Kidal, une position stratégique jusqu’alors sous le joug de la milice Africa Corps. Depuis plusieurs années, cette organisation paramilitaire russe maintenait une emprise ferme sur cette région, avant de céder face à la pression militaire.

Africa Corps, considérée comme l’une des structures militaires les plus discrètes de Russie, a vu le jour en 2023. Son existence a été révélée publiquement pour la première fois par le blogueur militaire Deux Majors sur Telegram, qui citait Igor Korotchenko, ancien colonel et journaliste proche des autorités russes. L’organisation serait placée sous l’autorité directe d’Iounous-bek Evkourov, vice-ministre russe de la Défense.

Cette émergence coïncide avec le déclin du groupe Wagner, dont les fondateurs, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, ont disparu dans un accident aérien en août 2023. Prigojine, autrefois proche du président russe Vladimir Poutine, avait tenté un coup de force contre Moscou quelques mois plus tôt, avant de trouver la mort dans des circonstances troubles.

Une milice au service de Moscou

Contrairement à Wagner, souvent pointé du doigt pour ses exactions, Africa Corps se présente comme une structure plus contrôlée et centralisée. Selon des observateurs, cette nouvelle milice a pour mission de récupérer les activités de Wagner en Afrique, tout en absorbant une partie de ses effectifs. « Africa Corps est un rival de Wagner, conçu pour reprendre ses missions et son personnel en Afrique », expliquait un responsable américain en 2023.

Des objectifs ambitieux

Dès sa création, Africa Corps a affiché ses ambitions : mener des opérations militaires à grande échelle sur le continent africain. Son objectif ? Soutenir les régimes alliés de la Russie dans leur quête d’autonomie, en les aidant à se libérer de la dépendance aux anciennes puissances coloniales et à chasser la présence occidentale. Igor Korotchenko, cité dans les médias, résumait ainsi sa mission : « nettoyer la présence des pays occidentaux et acquérir une souveraineté totale ».

Le nom Africa Corps n’est pas anodin. Il fait directement référence à l’Afrikakorps, la force allemande qui opéra en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale, sous les ordres d’Erwin Rommel. Une référence historique qui souligne l’ambition de Moscou de marquer durablement son empreinte sur le continent.

Un réseau en expansion au Sahel

Depuis 2024, Africa Corps a pris le relais de Wagner au Mali, où elle déploie des centaines, voire des milliers de combattants. Plusieurs anciens responsables wagnériens ont rejoint ses rangs, apportant avec eux une partie de leurs troupes. L’organisation joue un rôle clé dans le maintien de la junte au pouvoir à Bamako, face à la rébellion touarègue et aux groupes djihadistes.

Cette stratégie s’inscrit dans une volonté plus large de Moscou d’étendre son influence régionale. Après le départ progressif des forces occidentales, dont la France, la Russie cherche à combler le vide en offrant un soutien militaire aux gouvernements locaux. En échange, elle obtient un accès privilégié aux ressources minières et une influence sur les routes migratoires stratégiques.

Africa Corps étend désormais son réseau au-delà des frontières maliennes : Burkina Faso, Libye, Soudan, République centrafricaine et Niger accueillent ses hommes et son matériel. Malgré une présence moins violente que celle de Wagner, l’organisation a déjà fait l’objet de sanctions internationales. En 2024, le Royaume-Uni l’a accusée de « violations généralisées des droits humains » et d’exploitation abusive des ressources naturelles.