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Africa corps : la nouvelle force russe qui redessine le paysage sécuritaire au Mali

Publié le 26 avril 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

africa corps : la nouvelle force russe qui redessine le paysage sécuritaire au Mali

Le week-end dernier, une page s’est tournée au Mali avec le retrait de l’Africa Corps d’une position clé : la ville de Kidal. Ce mouvement, intervenu après des affrontements intenses et des négociations tendues, marque un tournant dans la stratégie russe au Sahel. Malgré cette reculade locale, l’organisation paramilitaire conserve une influence majeure en Afrique, où elle étend méthodiquement son emprise.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

L’Africa Corps, souvent présentée comme l’héritière du groupe Wagner, incarne une nouvelle approche de Moscou sur le continent africain. Moins médiatisée que sa prédécesseure, cette milice paramilitaire se distingue par sa structure centralisée et son alignement direct sur les directives du Kremlin. Son émergence coïncide avec le déclin progressif de Wagner, dont les deux figures majeures, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, ont disparu dans des circonstances troubles en août 2023.

Une milice née dans l’ombre du groupe Wagner

Créée officiellement en novembre 2023, l’Africa Corps a été évoquée pour la première fois par le blogueur militaire Deux Majors sur Telegram. Igor Korotchenko, ancien colonel et éditorialiste proche du pouvoir russe, a confirmé sa mise en place, précisant que cette entité est placée sous la supervision directe du vice-ministre russe de la Défense, Iounous-bek Evkourov. Contrairement à Wagner, souvent perçue comme une force semi-autonome, l’Africa Corps opère sous un contrôle strict de l’État russe.

Son nom, inspiré de l’Afrikakorps de la Seconde Guerre mondiale – une unité allemande déployée en Afrique du Nord –, n’est pas anodin. Il s’agit d’une référence symbolique forte, visant à ancrer la légitimité historique de cette milice dans la lutte contre les influences occidentales sur le continent.

Des objectifs affichés : souveraineté et rejet de l’ingérence

Dès sa création, l’Africa Corps a affiché ses ambitions : mener des opérations militaires d’envergure pour soutenir les régimes africains dans leur quête d’autonomie, tout en chassant les puissances étrangères jugées néocoloniales. Igor Korotchenko a résumé cette mission en déclarant que le groupe vise à « libérer l’Afrique de la dépendance et à restaurer sa pleine souveraineté ».

Cette rhétorique s’inscrit dans une stratégie plus large de Moscou, qui mise sur des alliances avec des gouvernements africains pour étendre son influence géopolitique. L’Africa Corps se positionne comme un partenaire militaire clé, offrant à ses alliés un soutien logistique et des effectifs entraînés, en échange de concessions économiques et politiques.

Une présence grandissante au Sahel et en Afrique centrale

Depuis 2024, l’Africa Corps a progressivement remplacé Wagner au Mali, où elle déploie plusieurs milliers de combattants. Cette transition s’est accompagnée de l’arrivée de nombreux anciens membres de Wagner, renforçant ainsi les capacités opérationnelles du nouveau groupe. L’objectif est clair : maintenir la junte malienne au pouvoir face à la montée des rébellions touarègues et des groupes djihadistes, tout en sécurisant les intérêts russes dans la région.

L’influence de l’Africa Corps ne se limite pas au Mali. Le groupe est également actif au Niger, en Libye, au Soudan, en République centrafricaine et au Burkina Faso. Dans ces pays, il fournit un appui militaire aux régimes alliés, tout en exploitant les ressources naturelles locales pour financer ses opérations. Cette stratégie permet à Moscou de renforcer son emprise sur des zones stratégiques, notamment celles riches en minerais ou traversées par des routes migratoires.

Moins violente, mais tout aussi controversée

Contrairement à Wagner, souvent accusé de crimes de guerre et de répression brutale, l’Africa Corps adopte une approche plus discrète. Elle évite les excès qui ont terni l’image de sa prédécesseure, tout en poursuivant des objectifs similaires : étendre l’influence russe et marginaliser les acteurs occidentaux.

Cette prudence relative n’a pas empêché l’Africa Corps d’être la cible de sanctions internationales. En 2024, le Royaume-Uni a dénoncé les « violations généralisées des droits humains » commises par le groupe et son implication dans l’exploitation des ressources naturelles africaines à des fins lucratives. Ces accusations s’ajoutent à celles portées par plusieurs ONG, qui pointent du doigt les méthodes répressives de l’organisation.

Un avenir incertain pour l’Africa Corps

Le retrait de Kidal marque un revers pour l’Africa Corps, mais ne remet pas en cause sa présence au Mali. La junte malienne, soutenue par Moscou, reste un allié clé pour la Russie, qui y voit une opportunité de consolider son influence dans une région en proie à l’instabilité. Cependant, la capacité de l’Africa Corps à maintenir sa domination dépendra de plusieurs facteurs : la stabilité interne du Mali, l’évolution des alliances régionales et la réaction des puissances occidentales.

Une chose est sûre : l’Africa Corps incarne une nouvelle ère de l’engagement russe en Afrique, où la force militaire et les alliances politiques se mêlent pour redessiner l’équilibre géopolitique du continent.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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