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Vague d’enlèvements au Sud-Kivu : la société civile alerte

Publié le 13 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

La province du Sud-Kivu, territoire stratégique situé dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), est actuellement le théâtre d’une montée des tensions, particulièrement ressentie par ses acteurs sociaux. Des défenseurs des droits humains, des journalistes et des responsables d’associations signalent une inquiétante multiplication des intimidations, des menaces ciblées et des enlèvements. Ces actions visent spécifiquement ceux qui documentent les exactions ou se font les porte-parole des populations. Ces alertes, diffusées par plusieurs organisations locales, s’inscrivent dans un contexte de violents affrontements armés persistants aux frontières avec le Rwanda et le Burundi.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

L’espace civique sous intense pression au Sud-Kivu

Les représentants de la société civile décrivent un environnement de travail devenu extrêmement précaire. Leurs témoignages révèlent diverses formes d’intimidation : appels téléphoniques anonymes, filatures discrètes, perquisitions nocturnes et même des disparitions temporaires, toutes conçues pour réduire au silence toute voix discordante. Plusieurs défenseurs des droits humains ont affirmé avoir dû modifier leurs itinéraires quotidiens, voire quitter temporairement Bukavu et ses environs, afin de garantir leur sécurité personnelle.

Cette détérioration intervient alors que la province est déjà confrontée à de multiples foyers de crise. Les combats entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), les milices locales et les rebelles du M23, soutenus, selon divers rapports onusiens, par le Rwanda, ont provoqué des déplacements massifs de populations. Dans des zones comme Kalehe, Uvira ou Fizi, les organisations communautaires jouent un rôle vital de surveillance, d’assistance humanitaire et de plaidoyer. Leur mise sous pression compromet directement la transmission d’informations essentielles aux institutions nationales et aux partenaires internationaux.

Enlèvements et intimidations : un modus operandi alarmant

Les cas d’enlèvements récemment documentés révèlent un mode opératoire récurrent. Des militants sont appréhendés en plein jour par des individus armés, parfois en civil, souvent à bord de véhicules banalisés. Les libérations, quand elles ont lieu, sont assorties d’avertissements clairs : cessation des enquêtes en cours, renonciation à la publication de certains rapports ou obligation de quitter la région. Plusieurs organisations dénoncent l’impunité qui entoure ces actes, soulignant l’absence d’enquêtes judiciaires aboutissant à des arrestations.

Ce climat pesant affecte également la presse locale. Les radios communautaires, traditionnellement en première ligne pour couvrir les tensions intercommunautaires et les violations des droits humains, réduisent désormais leur couverture éditoriale par autocensure. Des correspondants provinciaux font état de pressions directes émanant tantôt d’acteurs politiques, tantôt de responsables sécuritaires, tantôt de figures liées aux groupes armés contrôlant des portions du territoire. La frontière entre l’intimidation ciblée et le harcèlement systémique devient de plus en plus floue.

Pour les analystes des dynamiques congolaises, la restriction de l’espace civique au Sud-Kivu s’inscrit dans une tendance régionale plus vaste. Depuis la reprise du conflit avec le M23 dans le Nord-Kivu voisin, l’ensemble des Kivus connaît un durcissement des relations entre les pouvoirs locaux, les forces armées et les voix critiques. La proclamation de l’état de siège, en vigueur pendant plusieurs années dans certaines provinces de l’est, avait déjà été vivement critiquée par les organisations de défense des libertés pour son impact sur la liberté d’expression et de manifestation.

Un défi de gouvernance pour Kinshasa

Le gouvernement congolais est confronté à un sérieux défi de crédibilité. Kinshasa a maintes fois réaffirmé son engagement à protéger les défenseurs des droits humains, notamment par la loi de 2023 dédiée à leur protection. Cependant, sa mise en œuvre effective dans les provinces de l’est demeure limitée, en raison du manque de moyens dédiés et de la fragmentation de l’autorité étatique sur le terrain. Les acteurs sociaux du Sud-Kivu exigent désormais des actions concrètes : des enquêtes indépendantes sur les enlèvements récents, la mise en place de dispositifs de protection rapprochée pour les militants menacés et un dialogue structuré avec les autorités provinciales.

Les partenaires internationaux, en particulier la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) qui est en phase de retrait, ainsi que l’Union européenne, sont également interpellés. Leur capacité à maintenir un plaidoyer soutenu en faveur de la protection des acteurs civils conditionnera, en partie, la résilience du tissu associatif local. Il reste que sans une réponse politique claire de Kinshasa, le risque d’un affaiblissement durable de la société civile dans l’est du pays s’accentue considérablement. Les organisations de défense des droits humains appellent à une mobilisation urgente pour enrayer cette dérive.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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