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La transparence financière de Pastef au cœur des interpellations de Babacar Bâ

Publié le 13 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Au Sénégal, un débat houleux concernant la transparence financière et les fonds secrets de l’ancien pouvoir s’intensifie. Babacar Bâ, figure de la société civile reconnue pour son engagement en faveur de la bonne gouvernance, interpelle directement le Premier ministre Ousmane Sonko. Il souligne une apparente contradiction : le chef du gouvernement, ardent dénonciateur des financements opaques, reconnaît pourtant avoir mobilisé un fonds politique de 1,7 milliard de FCFA pour son parti, Pastef.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Contradiction majeure sur les caisses noires au Sénégal

Depuis le changement de pouvoir en mars 2024, le gouvernement formé par le duo Diomaye Faye et Ousmane Sonko a érigé la lutte contre les flux financiers non transparents de l’administration précédente en pilier de sa politique. La critique des « caisses noires », ces budgets discrets et non soumis aux contrôles habituels, constitue une part essentielle du discours officiel sur l’impératif de reddition des comptes.

Babacar Bâ juge cette position intenable face à une analyse approfondie. Il rappelle que le Premier ministre a lui-même admis l’existence de fonds substantiels amassés par son mouvement politique, sans fournir de détails sur leur origine ou l’identité des donateurs. Le chiffre de 1,7 milliard de FCFA avancé est perçu par les critiques comme un montant exceptionnellement élevé pour le financement d’un parti au Sénégal, bien au-delà des pratiques courantes.

Le fonds politique de 1,7 milliard de FCFA : un paradoxe sénégalais

Le financement des entités politiques reste une lacune significative dans le cadre juridique sénégalais. Contrairement à d’autres nations d’Afrique de l’Ouest, le Sénégal manque d’une législation stricte encadrant les plafonds de dons ou la supervision des ressources des partis. Cette imprécision légale alimente fréquemment les accusations mutuelles d’opacité entre les différentes formations.

Selon Babacar Bâ, le cœur du paradoxe réside dans la disparité entre la rhétorique anti-corruption du gouvernement et le manque relatif de clarté autour des fonds déclarés par le parti au pouvoir. Son argumentaire soulève des questions fondamentales sur la provenance de ces fonds : si l’argent provient de cotisations des membres, le volume de 1,7 milliard de FCFA semble disproportionné par rapport au profil socio-économique des adhérents. Si des donateurs sont impliqués, une divulgation exhaustive serait indispensable pour garantir la transparence.

Il est clair que le droit pour un parti de collecter des fonds pour ses activités n’est pas remis en question. L’objection porte plutôt sur la cohérence des standards. Un gouvernement qui promeut la traçabilité des deniers publics comme une valeur fondamentale devrait, logiquement, appliquer ces mêmes exigences à son propre mouvement politique.

Un débat persistant sur la transparence au Sénégal

L’intervention de Babacar Bâ intervient dans un contexte politique déjà chargé. Les investigations menées par la Cour des comptes et diverses entités administratives concernant la gestion financière publique passée occupent le devant de la scène médiatique depuis des mois. Chaque nouvelle information attise les tensions entre l’ancienne majorité et le gouvernement actuel.

Dans cette atmosphère, la critique de Babacar Bâ cherche à recentrer le dialogue. Au lieu de se limiter à une confrontation binaire entre anciens et nouveaux dirigeants, il soulève une question de cohérence éthique : la bataille contre les fonds secrets ne peut être jugée crédible que si elle s’applique de manière égale à toutes les personnalités publiques et à leurs partis respectifs. Le financement de Pastef, éclipsé par la ferveur électorale de 2024, resurgit donc au moment où le parti renforce sa position au sein des institutions.

Pour les investisseurs et les partenaires internationaux qui suivent de près l’évolution de la gouvernance au Sénégal, cette discussion est loin d’être anodine. La robustesse des mécanismes de transparence des financements politiques est un critère essentiel pour les bailleurs de fonds et les agences de notation. Une réforme législative plus stricte, souvent suggérée par la société civile, pourrait être une conséquence logique de cette polémique. Babacar Bâ exhorte le Premier ministre à apporter des éclaircissements publics sur ce fonds de 1,7 milliard de FCFA.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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