Une avancée diplomatique inattendue à Cotonou pour le Sahel

La présence remarquable du chef du gouvernement de transition du Niger, flanqué des principaux diplomates du Mali et du Burkina Faso, lors d’un rassemblement officiel à Cotonou, marque un tournant diplomatique crucial au sein d’une sous-région soumise à des tensions accrues. Cette convergence inattendue sur le perron officiel à Cotonou a surpris de nombreux observateurs par sa précocité.

Le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, a personnellement effectué le déplacement dans la capitale économique béninoise pour la cérémonie officielle liée aux nouvelles attributions de Romuald Wadagni. Au-delà du strict protocole, cette visite officielle revêt une importance géopolitique majeure. Elle intervient alors que les relations entre le Niger et le Bénin traversent une crise profonde depuis l’été 2023, crise matérialisée par la fermeture prolongée de leur frontière commune et des passes d’armes répétées concernant le transport du pétrole nigérien via le port de Sèmè-Podji.

Le front de l’AES s’affiche uni

La venue d’Ali Lamine Zeine ne fut pas un acte diplomatique isolé. Le Premier ministre nigérien est arrivé à la tête d’une délégation hautement stratégique, incluant notamment les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso et du Mali, également présents à Cotonou. Cette démonstration conjointe des trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) lors d’un événement officiel béninois transmet une double lecture. Premièrement, elle souligne la persistance de la diplomatie économique : Romuald Wadagni, figure clé de l’architecture financière du Bénin et interlocuteur régulier des institutions internationales, maintient des canaux de discussion ouverts avec les pouvoirs sahéliens. Deuxièmement, elle manifeste une volonté palpable de décrispation : après des mois de blocages logistiques et douaniers à la frontière nord du Bénin, la participation de l’administration transitoire nigérienne à Cotonou incarne une aspiration partagée à surmonter l’impasse actuelle.

L’impératif économique prévaut sur le protocole

Si la crise politique issue du coup d’État de juillet 2023 à Niamey avait gelé les relations institutionnelles, les impératifs économiques semblent désormais reprendre le dessus. Le Bénin subit de plein fouet le manque à gagner lié à l’interruption du commerce transfrontalier, tandis que le Niger fait face à des défis logistiques considérables pour ses exportations et approvisionnements essentiels, aggravés par son enclavement géographique. Le nœud gordien demeure : la frontière terrestre est restée fermée en continu pendant près de trois ans, asphyxiant les corridors marchands historiques. Cette délibération de haut niveau pourrait potentiellement jeter les bases d’un calendrier technique pour sa réouverture progressive. En parvenant à réunir le Premier ministre nigérien et les chefs de la diplomatie du Mali et du Burkina Faso, Cotonou s’offre une respiration diplomatique substantielle, réaffirmant ainsi que, malgré les divergences idéologiques régionales, le pragmatisme géographique et financier demeure le véritable dénominateur commun unissant la sous-région.