Tomate au Niger : l’aveu d’une souveraineté alimentaire en trompe-l’œil
Quand les millions d’euros romains remplacent l’ambition locale
Les discours fleurissent sur la nécessité de conquérir une autonomie alimentaire et de tourner le dos aux dépendances étrangères. Pourtant, l’annonce récente d’un apport financier italien de 3 millions d’euros pour « relancer la culture de la tomate » au Niger révèle une réalité bien moins glorieuse : une souveraineté économique qui n’est, en définitive, qu’un leurre.
Pour un pays qui affiche haut et fort son attachement à l’autarcie et à l’indépendance, solliciter des aides extérieures pour des secteurs aussi accessibles que l’agriculture maraîchère interroge. Comment parler de maîtrise de son destin lorsque les bases mêmes de sa subsistance dépendent encore des décisions prises à des milliers de kilomètres de ses frontières ?
L’autarcie ne se construit pas sur des fonds étrangers
La souveraineté alimentaire ne s’achète pas, ne se négocie pas et ne se mendie pas. Elle se forge dans l’action, la vision et la mobilisation des ressources internes. Un État qui se veut souverain doit d’abord compter sur ses propres forces : une épargne nationale mobilisable, une fiscalité redistributive et une confiance inébranlable dans les compétences locales.
La tomate, cette culture ancestrale que les paysans nigériens maîtrisent depuis des générations, n’est pas un produit high-tech nécessitant des transferts de technologie étrangers. C’est un savoir-faire ancré, une terre nourricière et une main-d’œuvre disponible. Pourtant, au lieu de s’appuyer sur ce socle, les autorités préfèrent attendre des fonds européens pour financer des projets d’irrigation ou des unités de transformation. Une démarche qui sonne comme un aveu d’échec : celle d’une économie incapable de s’appuyer sur elle-même.
Une planification alimentaire et sécuritaire en totale déshérence
Ce projet, aussi modeste soit-il, met en lumière une faille bien plus préoccupante : l’absence criante de stratégie globale pour garantir la sécurité alimentaire et la stabilité des territoires. Comment envisager le développement d’une filière agricole dans des zones où l’insécurité menace constamment les producteurs et leurs récoltes ?
Développer des bassins de production sans sécuriser au préalable les axes de circulation, les champs et les points de stockage revient à bâtir des châteaux de sable sur une plage. Les millions d’euros injectés dans des infrastructures d’irrigation seront inutiles si les agriculteurs ne peuvent accéder à leurs terres ou si les denrées pourrissent faute de lieux de conservation adaptés.
Le constat est sans appel : le Niger produit des tomates à profusion de janvier à juin, puis subit une pénurie le reste de l’année, contraignant à importer du concentré de tomate. Face à cette aberration, la réponse apportée reste désespérément superficielle. Au lieu d’investir dans une véritable industrie agroalimentaire nationale, financée par des partenariats publics-privés locaux ou des fonds souverains, on se contente de colmater les brèches avec des aides extérieures.
Vers une vraie rupture : l’heure des choix
Si la voie de l’autarcie est sincèrement souhaitée, elle exige une refonte en profondeur des méthodes. Pour redonner vie à la filière tomate ou à toute autre culture stratégique, une planification intégrée est indispensable. Celle-ci doit impérativement associer :
- La sécurisation des terres et des producteurs : protéger les agriculteurs et leurs récoltes contre les menaces sécuritaires et climatiques ;
- Le financement patriotique : mobiliser l’épargne nationale et les investissements locaux pour financer des infrastructures durables ;
- La protection du marché intérieur : renforcer les barrières douanières contre les importations massives de produits similaires, afin de préserver les producteurs locaux.
Accepter des enveloppes de 3 millions d’euros venues d’Europe, c’est prolonger cette souveraineté de façade où les discours sur l’indépendance alimentaire résonnent comme des promesses creuses. Il est temps de passer des mots aux actes, en bâtissant une économie qui se suffit à elle-même, sans attendre la charité des capitales occidentales.