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Taxe sur les smartphones : l’erreur stratégique qui freine la révolution numérique au Cameroun

Publié le 4 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Dans la course à la modernisation économique, le Cameroun mise sur une transition numérique ambitieuse. Pourtant, une mesure récente risque de saborder cet élan avant même qu’il ne commence : l’instauration d’une taxation à 33,33% sur les téléphones portables. Une décision qui, au lieu de favoriser l’inclusion digitale, pourrait bien exclure définitivement des millions de Camerounais des outils essentiels à leur quotidien.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Quand l’État pénalise l’outil qui devrait démocratiser le numérique

Les discours officiels ne manquent pas de souligner l’importance de l’innovation technologique et de la connectivité pour l’avenir du Cameroun. Pourtant, comment concilier ces ambitions avec une mesure qui impose entre 1 670 et 135 000 FCFA pour l’utilisation d’un téléphone portable sur le territoire national ?

Cette taxe de 33,33% sur la valeur admise des appareils transforme un outil de travail quotidien en privilège payant. Pourtant, le smartphone est devenu indispensable pour des millions de Camerounais :

  • L’étudiant en quête de savoir via les cours en ligne ;
  • Le commerçant utilisant le Mobile Money pour ses transactions ;
  • L’agriculteur consultant les prix du marché en temps réel ;
  • L’artisan communiquant avec ses clients via WhatsApp ;
  • Le travailleur informel accédant aux services publics en ligne.

Taxer cet outil, c’est facturer l’accès à l’économie numérique que l’État prétend construire. Une logique aussi contre-productive qu’incompréhensible.

Une mesure d’autant plus absurde que le Cameroun ne produit aucun téléphone

Le Cameroun n’a ni usine de fabrication ni chaîne d’assemblage locale de téléphones portables. Les citoyens dépendent donc intégralement des importations, sans aucune alternative disponible. Dans ce contexte, la taxe ne protège aucune industrie émergente : elle ponctionne simplement les ménages déjà fragilisés par des revenus moyens limités.

Quand un État taxe une importation pour stimuler une production locale, la démarche peut être discutable, mais elle reste cohérente. Ici, aucune industrie ne bénéficie de cette mesure. Le Cameroun se contente de taxer ses citoyens pour utiliser des appareils qu’ils doivent importer. Aucune échappatoire, aucun choix : juste une charge supplémentaire dans un pays où l’accès aux outils numériques de base est déjà un défi.

Et si la prochaine cible était… les ordinateurs portables ?

La question mérite d’être posée sans attendre : à quand la taxe sur les ordinateurs portables ? Si la logique actuelle est maintenue, rien ne garantit que les équipements de bureau ou les appareils informatiques ne subiront pas le même sort.

Chaque nouvelle imposition creusera un peu plus le fossé numérique entre ceux qui peuvent se connecter et ceux qui en sont exclus. Pourtant, un citoyen connecté est un citoyen plus productif, et une population connectée est une économie plus compétitive. Cette réalité est documentée dans tous les rapports sur le développement numérique en Afrique.

Le Cameroun, lui, choisit délibérément de rendre le numérique inaccessible. Une décision qui, à terme, pourrait bien renoncer à l’avenir du pays.

L’État camerounais contre sa propre ambition numérique

Le paradoxe est saisissant : d’un côté, des discours ambitieux sur la transformation digitale et l’économie du futur ; de l’autre, une mesure qui sabote concrètement cette vision. Taxer les téléphones portables, c’est s’opposer à l’inclusion numérique que l’État prétend promouvoir.

Un citoyen connecté est un acteur économique plus efficace. Une économie compétitive repose sur une population outillée pour le numérique. Pourtant, le Cameroun choisit d’alourdir le coût de cet outil essentiel, sans offrir aucune alternative ni production locale pour justifier cette décision.

Cette politique ne protège rien. Elle ne stimule rien. Elle exclut. Et dans un pays où le revenu moyen peine déjà à absorber des surcoûts, cette taxe n’a qu’un nom : l’exclusion numérique organisée.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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