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Sud-Kivu : de nouvelles pertes présumées de l’armée burundaise relancent les interrogations sur son engagement en RDC

Publié le 8 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane
9 juillet 2026 Eric Irambona
RDC 

Sud-Kivu : de nouvelles pertes présumées de l’armée burundaise relancent les interrogations sur son engagement en RDC

SOS Médias Burundi

Écoutez cet articleEnviron 7 min

Fizi, 9 juillet 2026 — Alors que les combats s’intensifient de nouveau dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, des sources locales font état de frappes de drones ayant visé des renforts de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) dans le territoire de Fizi. Si ces informations n’ont pas été confirmées officiellement, elles interviennent dans un contexte de revers militaires enregistrés ces derniers jours par les FARDC, la FDNB et les miliciens Wazalendo face aux combattants de Twirwaneho, alliés à l’AFC/M23 selon plusieurs sources. Elles ravivent également les interrogations sur le coût humain de l’engagement militaire burundais en République démocratique du Congo, où plus de 29 000 soldats ont été déployés entre août 2022 et décembre 2025.

Des sources locales dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, rapportent que trois véhicules transportant des munitions et des militaires burundais auraient été pris pour cible par des drones à Mulima au cours de la semaine écoulée.

Selon ces sources, plusieurs militaires auraient été tués, parmi lesquels un colonel et un major de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB). Aucun bilan officiel n’était toutefois disponible au moment de la publication et ces informations n’ont pas pu être confirmées de manière indépendante.

Les mêmes sources affirment également qu’une embarcation transportant des militaires aurait été bombardée sur les eaux du lac Tanganyika, au large de la péninsule d’Ubwari, alors qu’elle acheminait des renforts vers les secteurs de Baraka, Fizi et les hauts plateaux de Minembwe.

Ces renforts étaient destinés, selon les témoignages recueillis, à soutenir les positions des FARDC, de la FDNB et des miliciens Wazalendo après la perte de plusieurs localités, notamment Point Zéro, Kakenge, Rubemba, Mikenge et Kalongi, attribuée par ces sources aux combattants Twirwaneho alliés à l’AFC/M23.

Recul sur le terrain

Toujours selon des sources locales, des militaires des FARDC et de la FDNB se seraient repliés des secteurs de Rugezi, Kakenge et Point Zéro vers Mukera, tandis que d’autres auraient pris la direction de Misisi, en route vers la province du Tanganyika, dans le sud-est de la RDC.

Après plusieurs jours de combats, un calme relatif serait observé dans la région de Minembwe. Des habitants déplacés auraient commencé à regagner leurs villages. Sur les réseaux sociaux, plusieurs membres de la communauté Banyamulenge ont partagé des images présentées comme montrant une reprise progressive de la vie dans certaines localités passées sous le contrôle de Twirwaneho/AFC-M23. SOS Médias Burundi n’a pas été en mesure de vérifier ces images de façon indépendante.

Arrivée des premiers militaires burundais à l’aéroport de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, à l’est de la RDC. Ce site stratégique a été repris par les rebelles du M23 en janvier 2025. © SOS Médias Burundi

Une guerre qui coûte cher à la FDNB

Le nombre exact de militaires burundais tués lors des combats de la semaine écoulée demeure inconnu. Mais ces informations rappellent les pertes déjà enregistrées par la FDNB depuis son engagement dans l’est de la RDC.

Avant la prise de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, plusieurs militaires burundais avaient trouvé la mort, dont un major, alors le plus haut gradé burundais tué sur ce théâtre d’opérations.

En décembre 2025, lors des affrontements dans la plaine de la Rusizi, au Sud-Kivu, la FDNB avait perdu un colonel, le plus haut gradé burundais tombé au combat depuis le début de l’intervention militaire au Congo.

Après le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira et de la plaine de la Rusizi, obtenu notamment à la faveur de pressions diplomatiques américaines, les autorités burundaises avaient procédé à de nouveaux redéploiements afin de renforcer les unités restées au front.

Depuis février dernier, la FDNB, les FARDC et les miliciens Wazalendo avaient également reçu d’importants renforts humains et matériels, leur permettant de contenir pendant plusieurs mois les offensives de Twirwaneho et de l’AFC/M23. Les événements rapportés cette semaine pourraient toutefois traduire une nouvelle évolution du rapport de force dans cette partie du Sud-Kivu.

Le général-major Ignace Sibomana, responsable de la Force de réserve et d’appui au développement (FRAD), et le colonel Grégoire Rivuzimana, aide de camp du chef d’état-major général de l’armée burundaise, le général Prime Niyongabo, lors d’une opération de sécurisation des déplacements d’officiels congolais dans le Sud-Kivu, en septembre 2025. ©SOS Médias Burundi

Plus de 29 000 soldats déployés

Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi, plus de 29 000 militaires burundais ont été déployés dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025 dans le cadre d’un accord militaire conclu entre Kinshasa et Gitega.

Le président burundais Évariste Ndayishimiye a, à plusieurs reprises, défendu cette intervention. Il a notamment déclaré qu’il était « normal » que des militaires burundais perdent la vie en RDC puisqu’ils avaient choisi ce métier. Il a également expliqué que le Burundi appliquait un proverbe kirundi invitant à aider son voisin à éteindre l’incendie de sa maison avant que le feu ne se propage chez soi.

Une guerre régionale aux multiples acteurs

L’armée burundaise combat aux côtés des FARDC et des miliciens Wazalendo contre l’AFC/M23. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir cette coalition politico-militaire, ce que Kigali dément. Un rapport des experts des Nations unies publié en décembre 2025 évoquait néanmoins la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés de l’AFC/M23.

Le Rwanda accuse de son côté la RDC et le Burundi de collaborer avec les FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. Les autorités congolaises rejettent cette accusation, tandis que Gitega estime que Kigali utilise la question des FDLR pour justifier son implication dans l’est de la RDC.

À l’heure de la publication, ni les FARDC, ni la FDNB, ni les responsables de l’AFC/M23 n’avaient réagi aux informations faisant état de frappes de drones contre des renforts burundais dans le territoire de Fizi.

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Photo : Enterrement du major Ernest Gashirahamwe, le premier haut gradé de la FDNB à avoir été tué dans le Nord-Kivu, le 16 novembre 2023 à Bujumbura © SOS Médias Burundi

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Par Zara Hassane — Grand reporter

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