Succès masra : une sœur dénonce l’emprisonnement arbitraire et l’état de santé préoccupant

Une détention jugée «injuste et douloureuse» par sa famille

Depuis douze mois, Succès Masra, figure incontournable de l’opposition tchadienne, est privé de liberté dans des conditions qualifiées d’inacceptables par sa sœur, Chancelle Masra. Arrêté puis condamné à vingt ans de réclusion, l’ancien Premier ministre et dirigeant du parti Les Transformateurs croupit derrière les barreaux sans que la moindre preuve tangible ne soit apportée à l’encontre de son prétendu rôle dans des violences intercommunautaires.

Un prisonnier politique en proie à des problèmes de santé critiques

Selon les informations recueillies par sa famille, Succès Masra souffre de troubles respiratoires sévères nécessitant des analyses médicales approfondies. Pourtant, aucune structure sanitaire tchadienne ne peut assurer ces examens, contraignant le prisonnier à vivre dans l’angoisse d’un état de santé qui se dégrade. «Il a besoin d’une prise en charge médicale immédiate, une prise en charge qui n’existe pas au Tchad», déclare sa sœur avec une émotion palpable.

Des conditions de détention indignes pour un opposant pacifique

Incarcéré dans un bureau de la coordination de la police judiciaire à N’Djaména, Succès Masra est enfermé dans une pièce de moins de quinze mètres carrés, sans accès à la lumière naturelle depuis le 16 mai 2025. Son quotidien se résume à une existence spartiate : pas de lit digne de ce nom, aucune activité physique autorisée, et une totale privation de contact avec l’extérieur. «Ils ont confisqué tous ses appareils électroniques, le coupant ainsi de sa fille, de son épouse et de sa famille», précise Chancelle Masra.

Un isolement méthodique et une justice sous les projecteurs

Malgré les demandes répétées, les visites des avocats et de la mère de Succès Masra restent soumises à des autorisations administratives fastidieuses. Aucune communication téléphonique n’est tolérée, renforçant l’isolement du prisonnier. Pourtant, juridiquement, son dossier apparaît vide : «Il n’existe aucune preuve, aucun témoignage crédible attestant de son implication dans des actes de violence», rappelle sa sœur. Depuis 2018, Succès Masra n’a eu de cesse de prôner le dialogue et la non-violence, comme en témoignent les multiples marches pacifiques organisées par son parti ou encore son engagement en tant que Premier ministre, renonçant à l’intégralité de son salaire.

Un appel en suspens et une mobilisation internationale croissante

Condamné en août 2025 pour «incitation à la haine», Succès Masra a interjeté appel. Pourtant, la date de son procès en appel reste un mystère, plongeant sa famille dans l’incertitude la plus totale. Chancelle Masra salue l’intervention de l’Union européenne, qui a rappelé l’importance de respecter les droits fondamentaux au Tchad. «Libérer un innocent sans preuve n’est pas une solution pour apaiser les tensions», insiste-t-elle, soulignant que l’enjeu dépasse le cadre familial pour toucher aux principes mêmes de la démocratie tchadienne.

Le Tchad face à un climat politique de plus en plus étouffant

Les récents événements ne font que confirmer les craintes d’un durcissement du régime. Dernièrement, huit opposants du GCAP ont été condamnés à huit ans de prison pour avoir tenté d’organiser des marches pacifiques, une décision qui interroge sur la réalité de la liberté d’expression dans le pays. «Au Tchad, si les opposants ne peuvent pas s’exprimer librement, ce n’est plus une démocratie», déclare Chancelle Masra, qui évoque une dégradation quotidienne de l’environnement politique.

Une famille unie et une diaspora engagée

Malgré les défections de certains membres des Transformateurs, passés au gouvernement, Succès Masra reste un symbole de confiance pour des milliers de Tchadiens, y compris dans la diaspora. Chancelle Masra rappelle que «beaucoup sont rentrés au Tchad pour construire le pays aux côtés de mon frère», soulignant que ces départs individuels ne remettent pas en cause l’influence du parti. Pour elle, la libération de Succès Masra est une question de principe : «Ce n’est pas seulement une affaire de famille, c’est une question de droits humains et de dignité».

Une mobilisation internationale qui porte ses fruits

La famille Masra témoigne d’un soutien international marqué, notamment de la part d’organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch. «Sans cette solidarité, mon frère ne serait peut-être plus en vie», confie Chancelle Masra, tout en appelant à une plus grande liberté d’expression sur le continent africain. Elle rappelle que «la lutte contre le terrorisme ne doit pas servir de prétexte pour museler les voix pacifiques».

Un appel à la responsabilité des dirigeants

La sœur de Succès Masra insiste sur la nécessité pour les autorités tchadiennes de réparer cette «erreur judiciaire» et de rétablir le dialogue. «La justice doit être souveraine et ne pas servir d’outil de règlement de comptes», martèle-t-elle, tout en appelant chacun à assumer ses responsabilités, y compris au plus haut niveau de l’État.

Une chose est sûre : l’affaire Succès Masra dépasse le cadre judiciaire pour interroger l’avenir démocratique du Tchad et le respect des droits fondamentaux.