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Sénégal : tensions au sommet de l’État entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

Publié le 12 mai 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Sénégal : tensions au sommet de l’État entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

Le Sénégal traverse une période de tensions politiques majeures au sommet de l’État, où la relation entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko s’est dégradée. Abdou Mbow, député du groupe Takku Wallu et membre de l’Alliance pour la République (APR), alerte sur l’émergence d’un bras de fer institutionnel qui menace la stabilité du pays. Selon lui, ces divergences reflètent une crise institutionnelle profonde, loin d’être anodine.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Une dyarchie exécutive sous pression

Élus ensemble en mars 2024 sur un programme de rupture, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko incarnaient jusqu’alors une collaboration harmonieuse entre la présidence et la primature. Pourtant, depuis plusieurs semaines, des signaux de discordes se multiplient. Les désaccords portent notamment sur le rythme des réformes, la gestion des dossiers judiciaires hérités du précédent mandat, ainsi que sur la communication gouvernementale.

Pour Abdou Mbow, ces tensions ne sont pas le fruit du hasard. Il y voit plutôt l’expression d’un affrontement larvé entre deux visions du pouvoir. Le Premier ministre, leader historique du parti Pastef et vainqueur des législatives de novembre 2024, chercherait à imposer son leadership face à un président dont les prérogatives constitutionnelles restent incontestées. Cette dynamique crée une incertitude politique qui inquiète l’opposition.

L’opposition mise sur les divisions du pouvoir

L’APR, parti de l’ancien président Macky Sall, tente de tirer profit de ces frictions. Affaiblie par sa défaite électorale, la formation cherche à se repositionner comme gardienne des institutions. Le groupe Takku Wallu, principal bloc d’opposition à l’Assemblée nationale, multiplie les interventions pour transformer ces tensions internes en risque de paralysie institutionnelle.

En qualifiant la situation de « crise institutionnelle », Abdou Mbow dépasse le cadre partisan pour interroger la cohérence de l’action publique. Plusieurs chantiers stratégiques, comme la renégociation des contrats miniers et pétroliers, le redressement des finances publiques ou encore la mise en œuvre de l’Agenda Sénégal 2050, exigent une unité sans faille entre la présidence et la primature. Or, les divergences actuelles menacent cette unité.

Des dossiers économiques qui amplifient les enjeux

Le contexte économique rend ces tensions encore plus critiques. Les audits récents ont révélé un endettement public bien supérieur aux estimations officielles, plaçant le Sénégal dans une position délicate face au Fonds monétaire international. La gestion de cette dette, couplée à la révision du cadre fiscal des hydrocarbures, nécessite une stratégie claire et unifiée.

Pourtant, plusieurs décisions récentes ont mis en lumière des approches divergentes entre l’entourage présidentiel et celui du Premier ministre. Si Ousmane Sonko adopte parfois un discours offensif envers certains acteurs économiques, médiatiques ou judiciaires, Bassirou Diomaye Faye privilégie une posture plus institutionnelle. Les observateurs soulignent que cette répartition des rôles, autrefois perçue comme complémentaire, devient désormais un enjeu politique exploité par l’opposition.

À ce stade, ni la présidence ni la primature n’ont reconnu publiquement l’existence d’un conflit ouvert. Le gouvernement maintient une unité de façade lors des réunions officielles, mais les déclarations de Abdou Mbow alimentent une bataille narrative. Tandis que l’APR tente de convaincre l’opinion d’un exécutif fragilisé, le parti Pastef défend l’idée d’une coordination maîtrisée entre deux figures complémentaires.

L’enjeu dépasse le simple cadre politique. La capacité du duo exécutif à résoudre ces tensions conditionnera la confiance des partenaires économiques et des bailleurs de fonds. À un moment où le Sénégal négocie son nouveau cadre de financement et structure ses recettes issues des champs GTA et Sangomar, la stabilité de l’exécutif est plus que jamais un impératif.

Pour approfondir

  • Comores : la grève des transporteurs paralyse l’économie de Moroni
  • Sénégal : des ministres sanctionnés pour défaut de déclaration de patrimoine
  • Sénégal : deux mandats de dépôt dans une affaire d’armement de 45 milliards

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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