Sénégal : les chrétiens appelés à booster leur engagement politique
Dans un pays où la démocratie se construit sur la diversité, une organisation de la société civile sénégalaise tire la sonnette d’alarme. Le Mouvement autonome chrétien pour le développement durable (MAC 20) a récemment pointé du doigt la timidité de l’engagement politique des fidèles chrétiens du pays. À travers un forum organisé à Mbour, en marge des législatives de juillet 2017, ce collectif a appelé à une mobilisation sans précédent des catholiques pour peser davantage dans les instances décisionnelles.
Sous le haut patronage du ministre des Forces armées, Augustin Tine, cette rencontre avait pour objectif de sensibiliser les fidèles à l’importance de leur rôle dans la gestion des affaires publiques. Le MAC 20, créé quelques mois plus tôt pour encourager l’implication des chrétiens en politique, a mis en lumière un constat préoccupant : malgré leur nombre, les catholiques sénégalais peinent à s’imposer comme des acteurs clés du paysage politique local.
Un leadership chrétien à renforcer dans les partis
Emile Daly Diouf, président du MAC 20, a martelé ce message lors de l’événement. Selon lui, « même minoritaires, les chrétiens doivent amplifier leur présence et leur influence dans les partis politiques ». Il a souligné que si des fidèles s’engagent déjà, leur impact reste limité faute d’un véritable leadership structuré. « Nous voulons que les chrétiens prennent la parole politique et participent aux grands débats nationaux », a-t-il insisté. Le mouvement ne cache pas son ambition : accompagner les autorités religieuses dans cette dynamique, tout en étudiant la possibilité de soutenir des candidats chrétiens aux prochaines échéances électorales.
« Nous ne chercherons pas à imposer des candidats, mais à appuyer ceux qui se battent déjà sur le terrain pour promouvoir nos valeurs », a précisé Diouf. Une stratégie qui vise à placer les chrétiens là où se prennent les décisions, et non en périphérie des processus politiques.
Seulement trois députés chrétiens sur 150
Le constat est partagé par Hélène Tine, parlementaire chrétienne et seule femme chrétienne élue parmi les 64 députées du pays. Elle a reconnu la sous-représentation des fidèles dans les institutions : « Nous sommes des citoyens à part entière, appelés à participer à la gestion de la cité. L’Église nous y encourage vivement. » Selon elle, sur les 150 sièges de l’Assemblée nationale, seulement trois sont occupés par des chrétiens, dont elle-même. Une situation qu’elle attribue en partie à leur relégation systématique sur des positions non éligibles sur les listes électorales.
« Les chrétiens sénégalais sont organisés et dynamiques dans d’autres domaines, mais restent en retrait en politique », a-t-elle analysé. Elle a plaidé pour une meilleure collaboration entre la communauté chrétienne et les partis politiques, afin de cultiver la diversité, pilier historique de la stabilité sénégalaise. « Il est temps d’agir ensemble pour que cette force collective devienne une réalité tangible dans les institutions », a-t-elle conclu.