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Sénégal : la grogne contre la vie chère s’intensifie après la marche des paniers vides

Publié le 7 septembre 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

La contestation contre la flambée des prix a quitté le terrain virtuel pour envahir les rues de la capitale sénégalaise. Samedi 5 septembre, une cinquantaine de citoyens ont répondu à l’appel de la « Marche des paniers vides », une action orchestrée dans le cadre de la campagne « 30 Jours pour le Juste Prix ». Le défilé s’est élancé depuis le quartier des Castors pour rejoindre le rond-point Jet-d’Eau.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Les manifestants ont brandi des paniers, des bols et des ustensiles de cuisine vides, symboles forts des difficultés qu’endurent les ménages pour boucler leurs fins de mois. Sur les banderoles et à travers les slogans, les revendications étaient claires : baisse des prix des denrées alimentaires, régulation des loyers et réduction des factures d’électricité, notamment celles liées au système de prépaiement Woyofal.

Un mouvement né sur la toile

L’initiative a vu le jour quelques jours plus tôt sur Internet. La campagne « 30 Jours pour le Juste Prix » a été lancée par des consommateurs et des créateurs de contenu, tous unis pour dénoncer la cherté de la vie et exiger des mesures concrètes en faveur du pouvoir d’achat.

Avant même la marche, le mouvement revendiquait déjà plus de 3 000 sympathisants sur les réseaux sociaux. Il appelait également à un boycott progressif de certains produits jugés trop onéreux. L’influenceur Bathie Drizzy, l’un des co-initiateurs, a tenu à clarifier la nature apolitique de la démarche : « Aucun parti politique ne tire les ficelles », a-t-il affirmé, soulignant que l’objectif est d’interpeller les autorités sur les souffrances quotidiennes des populations.

La colère face à la flambée des prix

Cette campagne repose sur des réalités bien tangibles. Les relevés effectués sur le terrain font état d’une hausse significative du prix de la viande : le kilogramme de bœuf, autrefois annoncé autour de 4 000 francs CFA, se négocie désormais à 5 500 francs CFA, tandis que le mouton peut atteindre 7 000 francs CFA dans certaines boucheries. Ces chiffres, bien que non officiels, reflètent la tendance générale constatée dans les marchés.

Mais la grogne ne se limite plus à l’assiette. Les manifestants ont également mis en exergue la flambée des loyers et les charges énergétiques, élargissant ainsi le spectre des revendications. Cette diversification des griefs confère au mouvement une ampleur qui dépasse la simple contestation ponctuelle.

La pression monte sur le plan politique

La marche de samedi n’a pas manqué de faire réagir la classe politique. Aldiouma Sow, présenté comme conseiller du président Bassirou Diomaye Faye, a vivement critiqué la mobilisation sur sa page Facebook. Il a exhorté les jeunes à se tourner vers le travail plutôt que vers la rue, dénonçant au passage un « messianisme populiste ».

Cette sortie, bien que personnelle, témoigne d’un certain agacement au sein du camp présidentiel. Elle intervient alors que la vie chère occupe le devant de la scène médiatique, comme en témoigne la revue de presse de ce lundi 7 septembre.

Le mouvement compte bien poursuivre

Les organisateurs refusent de considérer cette marche comme un événement isolé. Le collectif « 30 Jours pour le Juste Prix » a salué la mobilisation et promis de nouvelles actions. La question est désormais de savoir si cette campagne parviendra à s’ancrer durablement dans le débat public et à obtenir des réponses concrètes de la part des autorités.

Le gouvernement, de son côté, avait déjà inscrit le pouvoir d’achat, les prix et les loyers parmi ses priorités. Le Conseil des ministres du 2 septembre avait d’ailleurs demandé un renforcement des dispositifs de contrôle des prix et une accélération de la régulation des loyers. La mobilisation des « paniers vides » s’inscrit ainsi dans un contexte où les revendications de la rue et les annonces gouvernementales se rejoignent sur un même terrain : celui du budget des ménages sénégalais.

Un mouvement à suivre de près

Pour l’heure, cette contestation reste essentiellement portée par des citoyens et des influenceurs. On est encore loin d’un mouvement national structuré, comparable à une mobilisation politique classique. Mais le potentiel est bien réel : le sujet touche à l’alimentation, au logement, à l’électricité et au pouvoir d’achat, des préoccupations qui concernent une grande majorité de la population. Contrairement à une polémique politicienne, la question posée par les « paniers vides » est d’une simplicité désarmante : combien coûte aujourd’hui la vie quotidienne d’un ménage sénégalais, et que peut réellement faire le gouvernement pour la rendre plus abordable ?

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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