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Niger : la junte face à ses contradictions après la mutinerie de Niamey

Publié le 6 septembre 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Après les affrontements meurtriers qui ont éclaté dans la nuit du 28 au 29 août 2026 à la base 101 de Niamey, le régime militaire a lancé une vaste opération de communication pour tenter de reprendre la main. En présentant ce qui s’apparente à une rébellion interne comme un simple « mouvement d’humeur » et en ressuscitant le spectre d’un complot étranger, le discours officiel peine à dissimuler les profondes divisions qui minent le commandement militaire.

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Une minimisation qui ne trompe personne

Le premier réflexe des autorités a été de réduire l’ampleur de l’incident. Qualifier ces affrontements de simple « saute d’humeur » provoquée par quelques « soldats perdus » relève d’une tentative de maquillage politique. Comment expliquer que des troupes d’élite aient dû être déployées, avec l’appui de la Garde présidentielle et des éléments d’Africa Corps, pour rétablir l’ordre dans une base militaire ? Les 43 soldats tués, pour beaucoup issus des forces spéciales et du BSR/COS, n’étaient pas des égarés, mais des hommes épuisés par des missions sans fin et exaspérés par la gestion de la crise sécuritaire.

Des boucs émissaires bien commodes

En pointant du doigt le commandant MaiHatchi et les capitaines Kader, Nassirou Issa et Abdoul Fatah, le pouvoir tente de personnaliser le conflit pour éviter d’aborder les véritables griefs. Ces officiers chevronnés, présentés comme des exécutants manipulés, incarneraient en réalité les frustrations d’une troupe qui manque de moyens, qui est épuisée par des opérations continues et qui conteste la présence de mercenaires étrangers dans le dispositif national. Le fait même que ces hauts gradés du Commandement des opérations spéciales soient incriminés montre que la fracture a gagné le cœur de l’appareil sécuritaire.

La mise en scène du capitaine Gabriel

Le récit officiel s’appuie largement sur le témoignage télévisé du capitaine Roger Gabriel, présenté comme le soldat loyal par excellence, qui aurait « intelligemment repoussé » les appels à la sédition. Cette intervention, diffusée sur les antennes de la RTN, vise à servir de caution morale. Mais dans un régime militaire sous pression, la parole d’un officier subalterne est soigneusement contrôlée. Cette démonstration de loyauté ressemble davantage à une tentative de rassurer la garnison de Niamey qu’à un compte-rendu fidèle des événements.

Le retour du complot extérieur

Pour parachever ce récit, l’éditorial officiel ressort la théorie du complot étranger. Le Tchad, la famille de l’ancien président Mohamed Bazoum, le Bénin, la Côte d’Ivoire, la CEDEAO et les forces spéciales françaises sont tour à tour accusés. Cette accumulation d’accusations frôle l’absurde. Imaginer une intervention militaire conjointe de ces pays après quelques coups de téléphone ignore la réalité géopolitique : aucun de ces acteurs n’a déployé les moyens nécessaires à une telle opération. Cette rhétorique anti-néocoloniale sert surtout à détourner l’attention des véritables défaillances du régime.

La souveraineté comme alibi

Enfin, l’affirmation selon laquelle « la volonté de défendre les institutions est restée intacte » vise à clore le débat sous couvert de patriotisme. Mais cette posture est contredite par les faits. Le jour même où le pouvoir célébrait la neutralisation des mutins et accusait les chancelleries étrangères, les combattants du JNIM frappaient à Komba, à dix kilomètres de Niamey, et semaient la terreur à Tillabéri. En privilégiant la protection du palais présidentiel avec ses meilleures unités et ses alliés russes, plutôt que la sécurisation des frontières, la junte montre que sa priorité absolue reste la survie du régime, bien avant la défense du territoire.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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