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Sahel : l’ONU préoccupée par les allégations d’exactions des forces armées

Publié le 5 juin 202025 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

L’Organisation des Nations unies (ONU) manifeste une inquiétude grandissante face aux multiples accusations d’exactions, incluant disparitions forcées et exécutions sommaires, imputées aux soldats du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Ces forces armées sont engagées dans la lutte contre les groupes jihadistes qui sévissent dans la région du Sahel.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Lors d’une visioconférence du Conseil de sécurité dédiée à la situation au Sahel, Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l’ONU en charge des opérations de paix, a fermement exhorté la Force conjointe du G5 Sahel et ses États membres à garantir le respect des droits humains.

Cette préoccupation des Nations unies s’intensifie depuis plusieurs mois, parallèlement aux condamnations des actions jihadistes et des violences intercommunautaires qui déstabilisent la région.

Déploiement sécuritaire à kilwin, après une opération pour mettre la main sur un réseau de recruteur de terroristes à Ouagadougou, Burkina Faso, le 23 octobre 2016. (VOA/Zoumana Wonogo)
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Au début du mois d’avril, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) avait déjà signalé une augmentation des actes répréhensibles attribués aux forces militaires nationales.

La MINUSMA a documenté 101 exécutions extrajudiciaires perpétrées par l’armée malienne entre janvier et mars, ainsi qu’une trentaine d’autres par l’armée nigérienne sur le territoire malien. Guillaume Ngefa, directeur de la division des droits de l’homme de la MINUSMA, a affirmé que ces chiffres, avec les noms et les circonstances, étaient dûment enregistrés.

Au Burkina Faso, la mort de douze individus arrêtés pour suspicion de complicité avec des jihadistes, retrouvés décédés dans des cellules de gendarmerie à la mi-mai, a soulevé des questions. Des proches et des organisations non gouvernementales (ONG) ont soutenu qu’il s’agissait de civils abattus sommairement, incitant la justice à promettre des enquêtes approfondies.

Des allégations graves et des enquêtes promises

Au Niger, une liste de 102 personnes disparues, qui aurait été tuée par l’armée dans la région occidentale de Tillabéri, a circulé en avril. Le ministère de la Défense nigérien a annoncé l’ouverture d’une enquête, tout en soulignant le professionnalisme de ses troupes.

Régulièrement, des associations de défense des droits humains diffusent des listes nominatives et des photographies, dénonçant la disparition de personnes après le passage des soldats. Une majorité des disparus sont des membres de la communauté peule, souvent injustement associés aux complices des jihadistes.

Un responsable anonyme de l’association malienne peule Tabital Pulaaku a exprimé sa frustration : « Malgré nos rapports, nos dénonciations de Peuls tués et jetés dans des puits, ou la révélation de fosses communes, aucune action concrète ne suit. »

Abou Sow, président de Tabital Pulaaku, a précisé à la presse : « Il est vrai que certains Peuls ont rejoint le jihadisme, mais il serait naïf de réduire ce phénomène à une seule ethnie. »

Les États sahéliens ont constamment apporté leur soutien à leurs armées, lesquelles, souvent confrontées à un manque d’équipement et de formation adéquate, paient un lourd tribut dans le conflit contre le jihadisme.

S’exprimant devant le Conseil de sécurité au nom du G5 Sahel (composé de la Mauritanie, du Tchad, du Niger, du Burkina Faso et du Mali), Ismail Ould Cheikh Ahmed, chef de la diplomatie mauritanienne, a souligné que l’atteinte d’une pleine capacité de la Force conjointe impliquait une complète maîtrise de la dimension des droits de l’homme. Il a assuré que la Mauritanie prenait des mesures pour garantir le respect du droit. L’ambassadeur du Niger, Abdou Abarry, membre non permanent du Conseil, a renchéri en affirmant l’adhésion totale de son pays aux droits humains, alors que des nations comme la Belgique exprimaient leur inquiétude face à des « allégations très sérieuses ».

Dans une déclaration publiée vendredi après sa session, le Conseil de sécurité a pris acte des initiatives annoncées par plusieurs gouvernements du Sahel en réponse à ces allégations de violations des droits humains, et a encouragé leur aboutissement.

Un contexte sécuritaire complexe au Sahel

Ces accusations à l’encontre des armées nationales surviennent à un moment critique pour la région du Sahel.

L’ONU elle-même fait face à un certain scepticisme de la part de certains membres du Conseil de sécurité concernant l’étendue de sa mission au Mali, qui comptait 13 000 hommes à la mi-juin.

De son côté, la France a réévalué les modalités de son engagement au Sahel suite au décès de 13 de ses soldats français en novembre.

Malgré la présence de la France, de la MINUSMA (dont le mandat doit être renouvelé) et de la Force conjointe du G5 Sahel, établie en 2017, le flux de violences n’a pas été endigué, causant des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés depuis 2012.

Ibrahim Maïga, de l’Institut d’études de sécurité (ISS) à Bamako, estime que la protection des civils ne constitue qu’un « objectif connexe », la « priorité numéro 1 des forces militaires » étant de neutraliser les jihadistes.

Interrogé en mai sur les exactions attribuées aux armées nationales, le général Pascal Facon, commandant de la force antijihadiste française, les avait qualifiées d’« intolérables » et susceptibles de « poser un problème en terme de crédibilité des forces ».

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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