Retour des déplacés dogons au Mali : entre espoirs et compromis difficiles
Retour des déplacés dogons au Mali : une lueur d’espoir fragile dans le cercle de Bankass
Dans le centre du Mali, des milliers de personnes déplacées, principalement issues des communautés dogon et peule, ont entamé un retour progressif vers leurs villages d’origine dans le cercle de Bankass. Cette décision historique fait suite à des négociations locales menées avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), branche sahélienne d’Al-Qaïda, qui contrôle une partie de cette zone du pays.
Les familles regagnent ainsi leurs foyers et leurs terres agricoles, profitant du début de la saison des pluies pour relancer leurs activités. Pourtant, ce retour s’accompagne d’un prix à payer : l’acceptation de règles strictes imposées par les groupes armés, redéfinissant le quotidien des populations civiles.
Des conditions de vie sous le joug des groupes armés
Pour retrouver leur douga (village en langue dogon) et leurs champs, les habitants doivent se soumettre à des exigences draconiennes. Parmi les mesures les plus marquantes :
- Code vestimentaire imposé : les femmes doivent porter le voile islamique intégral, tandis que les hommes sont tenus de porter des pantalons courts, signe de soumission à la charia.
- Interdiction de l’école républicaine : les établissements scolaires publics, souvent perçus comme vecteurs de valeurs occidentales, ont été fermés. L’enseignement est désormais restreint aux écoles coraniques, où sont enseignés les préceptes de l’islam radical.
- Règles sociales strictes : les prières collectives deviennent obligatoires, et les activités quotidiennes, autrefois libres, sont désormais encadrées par des normes religieuses.
« Nous sommes revenus, mais sans nos épouses » : le témoignage d’un villageois
À Bare Darsalam, un village du cercle de Bankass, un enseignant revenu après sept ans d’exil décrit un retour douloureux. Son école a été détruite en 2019 lors d’une offensive djihadiste, et il hésite à reconstruire un établissement public, de crainte de nouvelles violences.
« Nous avons repris nos activités champêtres grâce aux garanties obtenues auprès des autorités locales. Mais personne ne s’est encore soumis aux nouvelles règles vestimentaires. Quant à nos épouses… nous ne les avons pas encore ramenées, car nous ignorons si le voile sera toléré ou si d’autres contraintes nous seront imposées. »
Ce témoignage révèle une réalité complexe : si le retour est une bouffée d’air pour ces familles, il s’accompagne d’une incertitude profonde quant à leur avenir.
Bankass sous la pluie : la reprise des cultures sous haute surveillance
Allaye Guindo, maire de la commune urbaine de Bankass, confirme l’ampleur du mouvement. Selon ses propos, « les accords signés ont permis à des centaines de familles de retrouver leurs terres ». Il évoque une reprise des activités agricoles dans un contexte de sécurité relative :
- Les villages de Kani Bozon et ceux de la commune rurale de Dimbal accueillent désormais des centaines de personnes.
- Les pluies de juin, bien que timides, ont permis aux agriculteurs de semer les premières cultures de la saison.
- Les autorités coutumières et les notables locaux ont été contraints de s’adapter aux nouvelles règles, sous peine de représailles.
Pourtant, cette reprise reste fragile. Les communautés doivent naviguer entre la nécessité de survivre et la peur de tomber sous le joug des groupes armés. Les accords, bien que salvateurs, laissent planer un doute : jusqu’où iront les concessions avant que la liberté ne disparaisse entièrement ?
Une chose est sûre : pour ces familles dogon et peules, le retour à la normale n’est pas encore à l’ordre du jour.