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RDC : l’opposition congolaise intensifie la pression judiciaire sur la révision constitutionnelle

Publié le 5 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

En République démocratique du Congo (RDC), le bras de fer autour d’une potentielle révision constitutionnelle bascule désormais sur le terrain judiciaire. Le 4 juin 2026, la Coalition Article 64 (C64) s’est réunie à Kinshasa pour évaluer sa récente initiative de « ville morte ». Ses dirigeants ont proclamé un succès retentissant, affirmant qu’un grand nombre de centres urbains congolais avaient répondu à l’appel, contredisant ainsi la version officielle qui minimisait l’ampleur de la mobilisation à la seule capitale. Cette journée d’action visait à démontrer la capacité de l’opposition à influencer l’orientation institutionnelle promue par le parti au pouvoir.

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L’opposition élargit son front contre la réforme constitutionnelle en RDC

Fondée sur la défense de l’article 64 de la Loi fondamentale congolaise – qui garantit aux citoyens le droit de s’opposer à toute prise de pouvoir illégale ou anticonstitutionnelle – la C64 regroupe diverses figures politiques hostiles au projet de réforme. Parmi elles, l’opposant Delly Sesanga a salué l’adhésion au mouvement dans plusieurs villes de province, au-delà de Kinshasa. La coalition se positionne désormais comme un acteur politique majeur dans la contestation du chantier constitutionnel initié par la majorité présidentielle en République démocratique du Congo.

Le débat sur cette révision n’est pas nouveau, mais il a pris de l’ampleur suite aux déclarations de cadres de la majorité évoquant la nécessité d’adapter le texte fondamental. Pour l’opposition, cette manœuvre vise à ouvrir la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi, réélu fin 2023 après un premier mandat en 2018. La Constitution congolaise actuelle limite à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs, un principe démocratique clé hérité de la période post-Mobutu.

Une plainte qualifiée de « saut qualitatif » contre le chef de l’État

L’annonce la plus significative de cette conférence réside dans le dépôt imminent d’une plainte visant le chef de l’État et ce que la coalition considère comme ses complices. La qualification juridique choisie, « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel », est lourde de sens. Elle renvoie au registre pénal le plus sévère en matière d’atteinte aux institutions. En portant le débat sur le terrain judiciaire, la C64 cherche à transformer une contestation politique en un dossier légal, susceptible de mobiliser d’autres acteurs comme les magistrats, le barreau ou la société civile.

Cette démarche revêt une dimension symbolique forte. À Kinshasa, peu s’attendent à un aboutissement rapide d’une procédure dirigée contre le président en exercice. Cependant, l’initiative ancre dans l’espace public une interprétation claire : celle d’un pouvoir soupçonné de préparer un passage en force institutionnel. Pour Delly Sesanga et ses alliés, l’objectif est autant de poser une ligne rouge que d’obliger la majorité à clarifier ses intentions concernant la durée des mandats et l’étendue réelle de la révision envisagée.

Un climat politique tendu en RDC à l’approche des échéances

La République démocratique du Congo traverse une période politique délicate. Le gouvernement doit gérer une situation sécuritaire dégradée dans l’Est du pays, marquée par les activités du M23 et les pressions diplomatiques liées au dossier rwandais. Sur le plan intérieur, la question de la révision constitutionnelle ajoute une fracture supplémentaire entre Kinshasa et une opposition, certes fragmentée, mais qui tente de se recomposer autour de messages clairs et lisibles. La C64 mise sur cette clarté pour accroître son influence.

La question de l’étendue réelle de l’opération « ville morte » demeure. Les autorités ont minimisé son impact, tandis que les organisateurs revendiquent un succès bien au-delà de la capitale. En l’absence de données indépendantes et consolidées, l’évaluation reste sujette à interprétation. Concrètement, la capacité de la coalition à maintenir une pression durable et à rallier d’autres figures politiques, ainsi que des relais provinciaux, sera déterminante pour son poids dans le rapport de force face au camp Tshisekedi.

Pour de nombreux observateurs, le cas congolais s’inscrit dans une tendance continentale de débats sur la limitation des mandats présidentiels, à l’image du récent Sénégal et d’autres exemples ouest-africains. Chaque épisode participe à façonner la dynamique politique du continent et influence les standards de gouvernance attendus par les partenaires internationaux. La coalition entend poursuivre sa mobilisation tout en assumant le déplacement du combat sur le terrain judiciaire.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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