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Pénurie de liquidités : le défi des agents de mobile money en Côte d’Ivoire

Publié le 8 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Avec plus de 400 000 points de service recensés par l’Agence de promotion de l’inclusion financière, la Côte d’Ivoire possède un réseau de mobile money 300 fois plus dense que ses distributeurs automatiques de billets. Les Ivoiriens utilisent ces cabines chaque jour pour déposer leur salaire ou retirer des espèces, mais les agents se heurtent souvent à un manque de cash qui entrave leur activité.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Dans le quartier d’Angré Château, en fin d’après-midi, l’affluence est forte. Pourtant, à ce carrefour très fréquenté, la cabine de mobile money a épuisé ses liquidités. Rosette, venue retirer 10 000 francs CFA (15 euros), se montre résignée : « Quand tu viens, ils n’ont pas ce dont tu as besoin, c’est comme ça, on fait avec. »

Assise dans sa cabine jaune, la guichetière Nema fait patienter les clients : « Certains jours, les retraits sont nombreux et il nous arrive de manquer d’espèces. On s’excuse et on dit aux clients que nous sommes en mode dépôt. »

Plutôt que d’attendre, quelques clients partent retirer ailleurs. Affoué, gérante de la cabine et ancienne comptable, sait que chaque client perdu est une perte sèche : « Tu perds le client et la commission. Il faut bien s’occuper d’eux pour augmenter les commissions et dégager un bénéfice net. »

Perte de clientèle, perte de rentabilité

Les opérateurs de mobile money (Orange, Moov, MTN, Wave) reversent une commission aux gérants. Pour une transaction de 10 000 francs CFA, ils gagnent entre 20 et 60 francs CFA (3 à 9 centimes). Plus les transactions sont nombreuses et élevées, plus leurs revenus augmentent. Mais la machine se grippe quand le cash ou le crédit viennent à manquer. Les agents doivent alors fermer boutique pour se réapprovisionner auprès des opérateurs ou des banques. « Ils perdent des clients, les commissions diminuent, ce n’est pas rentable, et ils sont obligés de fermer l’agence pour aller chez les distributeurs », explique un agent.

La moto pour être plus réactif

Gertrude Yapi, directrice des opérations de Leya, une startup abidjanaise, a mis en place un service de convoyeurs de fonds à moto pour dépanner les points de service. « On les approvisionne en crédit en moins de quatre minutes, et on envoie le cash en moins de trente minutes. Cela permet aux points de vente d’augmenter leur chiffre d’affaires de 50 % », précise-t-elle. Leya compte plus de 3 000 clients actifs dans quatre villes ivoiriennes : Abidjan, Bondoukou, Bouaké et Korhogo.

Pour l’économiste ivoirien Kassoum Timité, la continuité du service est cruciale pour soutenir l’économie. « Le mobile money s’adresse directement au secteur informel, qui représente jusqu’à 40 % du PIB selon le FMI. Le manque de liquidités ralentit les transactions et l’activité économique diminue », souligne-t-il.

En 2024, plus de 140 milliards de francs CFA (210 millions d’euros) étaient échangés chaque jour via mobile money, selon l’agence ivoirienne de promotion de l’inclusion financière, soit près de quatre fois plus qu’en 2020.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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