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Panafricanisme : kémi séba incarne-t-il vraiment ce mouvement ?

Publié le 11 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le panafricanisme à l’épreuve des figures contemporaines

Alors que la justice sud-africaine s’apprête à trancher le sort de Kémi Séba, activiste controversé arrêté en avril 2026, la question de sa prétendue représentativité du panafricanisme moderne se pose avec acuité. Avec plus d’1,5 million d’abonnés sur les réseaux sociaux, cet homme politique béninois, également détenteur d’un passeport nigérien, cristallise aujourd’hui les débats sur l’évolution de ce mouvement historique. Mais son parcours et ses alliances récentes correspondent-elles vraiment à l’idéal panafricain ?

Écoutez cet articleEnviron 7 min

Dans cet article, Venance Konan analyse les contradictions de cette figure controversée et retrace l’histoire complexe du panafricanisme, de ses origines anticoloniales à ses avatars contemporains.

Kémi Séba devant la cour de Pretoria, le 20 avril.

Des alliances troublantes pour un militant panafricain

L’arrestation de Kémi Séba en compagnie de son fils de 18 ans et de François Van der Merwe, un militant suprémaciste blanc sud-africain nostalgique de l’apartheid, interroge sur la cohérence de son engagement. Président de l’ONG « Urgences panafricanistes », il se présente comme un farouche opposant à la présence française en Afrique et au franc CFA, tout en développant des positions antisémites qui lui ont valu la perte de sa nationalité française.

Poursuivi au Bénin pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion » après avoir soutenu publiquement les auteurs d’une tentative de coup d’État, cet activiste tente désormais de rejoindre clandestinement le Zimbabwé avant de gagner l’Europe. Son mandat d’arrêt international atteste de la gravité de ses actes. Mais au-delà de ces péripéties judiciaires, c’est la nature même de son panafricanisme qui soulève des questions.

Les nouveaux visages d’un panafricanisme controversé

Avec Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, Kémi Séba incarne la nouvelle génération des militants panafricains. Ces trois figures, parmi les plus influentes du continent, se distinguent par leur opposition frontale à la France et leur soutien inconditionnel à l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant les juntes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Pourtant, cette posture soulève un paradoxe : comment concilier la lutte pour l’émancipation africaine avec l’alignement sur les intérêts russes et le soutien à des régimes autoritaires ?

Le panafricanisme, dans sa définition originelle, vise à unifier les peuples africains et la diaspora autour de valeurs communes : autodétermination, dignité et coopération économique. Or, cette nouvelle génération semble davantage préoccupée par la diabolisation de l’Occident que par la construction d’une Afrique unie et prospère.

Retour sur les origines d’un mouvement historique

Né au début du XXe siècle dans les milieux intellectuels noirs américains et caribéens, le panafricanisme a trouvé un écho puissant en Afrique avec des figures comme Kwame Nkrumah, Sékou Touré ou Patrice Lumumba. Ce mouvement a joué un rôle décisif dans les luttes anticoloniales, notamment à travers la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF), créée en 1950. Cette organisation, rapidement devenue politique, a milité pour la décolonisation et l’unité africaine avant d’être dissoute en 1980.

L’indépendance du Ghana en 1957 et celle de la plupart des pays africains en 1960 ont été perçues comme les aboutissements de cette lutte. La création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963 a marqué une étape importante vers l’intégration continentale. Cependant, les indépendances acquises, les micro-nationalismes ont pris le dessus, freinant toute velléité d’unification. Les tentatives de sécession, comme au Biafra ou en Casamance, ont illustré ces divisions persistantes.

En 2002, Mouammar Kadhafi a tenté de relancer l’idée d’une Afrique unie en transformant l’OUA en Union africaine (UA). Malgré ses efforts, ce projet n’a pas abouti, et Kadhafi a lui-même été renversé en 2011 lors d’une intervention internationale. L’UA s’est dotée en 2001 du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), mais ce programme est aujourd’hui largement tombé dans l’oubli.

Panafricanisme et réalités contemporaines : du discours à l’action

De nos jours, le terme panafricaniste est souvent brandi comme un label politique, voire comme une nécessité rhétorique. En Côte d’Ivoire, l’ancien président Laurent Gbagbo a récemment fondé le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), se revendiquant panafricaniste. Au Sénégal, le parti au pouvoir, le PASTEF, porte également cette étiquette. Pourtant, ces engagements de façade contrastent avec les réalités du terrain.

Les pays africains, loin de former un bloc uni, sont souvent en proie à des tensions internes ou régionales. En Afrique du Sud, par exemple, la chasse aux migrants africains est une réalité quotidienne. En Afrique de l’Ouest, les relations entre les pays du Sahel et la CEDEAO sont marquées par une méfiance réciproque. Dans un tel contexte, où se situe le panafricanisme authentique ?

L’urgence d’un panafricanisme authentique et unificateur

Alors que le monde est dominé par des puissances prédateurs, l’Afrique n’a d’autre choix que de s’unir rapidement pour survivre. Pourtant, les figures les plus médiatisées du panafricanisme contemporain, comme Kémi Séba, Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, semblent davantage préoccupées par leur opposition à la France que par la construction d’une Afrique unie. Pire encore, certains de ces militants se seraient mis au service d’intérêts étrangers, notamment russes, ou soutiennent des régimes autoritaires qui bafouent les droits humains.

Selon des révélations récentes, Kémi Séba regretterait même la perte de sa nationalité française, tout en se présentant comme un farouche opposant à l’Occident. Ces contradictions soulignent l’essence même de ce panafricanisme-là : un mouvement frelaté, opportuniste, qui n’a de panafricain que le nom. Pourtant, face aux défis mondiaux actuels, l’Afrique ne peut se permettre de se disperser. Elle doit impérativement retrouver l’esprit originel de ce mouvement, fondé sur l’unité, la solidarité et l’autodétermination.

Pour que le panafricanisme redevienne une force motrice pour le continent, il est urgent de dépasser les discours stériles et les alliances opportunistes. L’Afrique doit s’unir, non pas pour servir les intérêts d’une puissance étrangère, mais pour construire un avenir commun, fondé sur la paix, la justice et la prospérité partagée.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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