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Crise au Mali : les causes profondes des attaques armées et la voie vers la paix

Publié le 11 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Crise au Mali : les causes profondes des attaques armées et la voie vers la paix

La situation sécuritaire au Mali s’est fortement dégradée fin avril 2026. Plusieurs villes ont été la cible d’attaques sophistiquées entraînant le décès du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, ainsi que de nombreux soldats. Ces événements s’inscrivent dans un contexte de recrudescence des violences contre l’armée et les institutions étatiques depuis plusieurs années.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Des recherches approfondies sur l’insécurité et la géopolitique en Afrique de l’Ouest, menées depuis plus de dix ans, révèlent que ces attaques trouvent leur origine dans les revendications non résolues des communautés touarègues. Ces groupes, principalement composés de nomades berbères du nord du pays, dénoncent une marginalisation persistante et une absence de réponses politiques adaptées.

Les trois facteurs clés des tensions au Mali

Plusieurs éléments expliquent la détérioration de la situation sécuritaire au Mali :

  1. L’ignorance des revendications touarègues

    Les griefs des Touaregs portent sur plusieurs points :

    • Autonomie politique et reconnaissance de leur identité culturelle
    • Contrôle des ressources naturelles (or, sel, pâturages) majoritairement exploitées par le sud du pays
    • Sécurité et absence de protection contre les groupes armés
    • Inégalités structurelles dans la répartition des revenus et des investissements publics
  2. L’usage excessif de la force militaire

    Les opérations antiterroristes menées par l’armée malienne dans les régions septentrionales ont souvent entraîné des dégâts collatéraux et des violences contre les civils. Ces méthodes ont alimenté un sentiment de méfiance envers l’État et favorisé le recrutement par les groupes extrémistes.

  3. La marginalisation économique du nord du Mali

    Malgré la richesse de leurs terres en ressources naturelles, les régions du nord restent économiquement négligées. Les revenus tirés de l’exploitation de l’or, du sel et des pâturages sont majoritairement centralisés dans le sud, aggravant les inégalités et alimentant les tensions.

Un contexte historique marqué par les alliances fragiles

En avril 2026, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) s’est allié au Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement touareg, pour lancer des attaques contre plusieurs villes maliennes. Cette offensive rappelle celle de 2012, où les Touaregs, alliés à des groupes islamistes comme Al-Qaïda, avaient tenté de faire sécession en créant le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA).

Le MNLA, fondé en 2011 par d’anciens combattants revenus de Libye, comptait jusqu’à 10 000 membres à son apogée. Cependant, son manque de moyens militaires a conduit à une alliance avec des groupes djihadistes comme Ansar Dine et Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Cette collaboration a permis de chasser l’armée malienne de villes clés comme Gao, Tombouctou et Kidal en 2012. L’intervention des forces françaises en 2013 a cependant permis au gouvernement malien de reprendre le contrôle de ces territoires.

Après le retrait des forces françaises en 2022, les groupes islamistes ont regagné du terrain grâce à un vide sécuritaire et à une affaiblissement des capacités de l’État. Ils ont adopté des tactiques de guérilla, incluant des attentats-suicides et l’utilisation de mines, renforçant leur influence dans la région.

Les échecs des réponses politiques et militaires

Le régime militaire actuel, dirigé par Assimi Goïta, n’a pas su répondre aux revendications des Touaregs. Depuis l’indépendance du Mali en 1960, les dirigeants touaregs dénoncent une exclusion systémique du pouvoir et des structures étatiques dominées par le sud du pays. Les tentatives d’autonomie ou de décentralisation ont été réprimées, souvent par la force.

Par ailleurs, les opérations antiterroristes ont causé d’importants dommages aux populations civiles, incluant des déplacements massifs et des violences arbitraires. Ces actions ont été exploitées par les groupes islamistes pour recruter et étendre leur influence.

Enfin, la répartition inégale des ressources a maintenu le nord du pays dans un état de précarité économique. Les accords de paix précédents, promettant une décentralisation et un financement accru pour le nord, n’ont été que partiellement appliqués, voire ignorés.

Vers une solution durable ?

Pour réduire les tensions, il est essentiel de répondre aux griefs des Touaregs. Bien que des alliances avec des groupes djihadistes aient été une erreur stratégique, cela ne doit pas occulter la nécessité de traiter les inégalités structurelles et les revendications de longue date.

Une approche inspirée du modèle du président nigérien Mahamadou Issoufou pourrait être envisagée. En 2011, ce dernier a mis en œuvre plusieurs mesures pour intégrer les Touaregs dans les institutions, décentraliser l’autorité administrative et budgétaire, et lancer des programmes de désarmement, démobilisation et réintégration.

Issoufou a également investi dans des infrastructures ciblant les besoins spécifiques des Touaregs, comme l’amélioration de l’accès à l’eau, le soutien au pastoralisme et le renforcement des routes. Ces actions ont permis de réduire les tensions et de renforcer la stabilité régionale.

En appliquant des solutions similaires, le Mali pourrait enfin s’engager sur la voie de la réconciliation nationale et de la stabilité.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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