Dès l’annonce des membres du gouvernement, les réactions ne se sont pas fait attendre. Ousmane Sonko, figure majeure de l’opposition, a vivement critiqué la présence de Me Moussa Sarr au ministère de la Justice. Selon lui, ce choix n’inspire aucune sérénité à son parti, Pastef, en raison du passé judiciaire controversé de l’avocat. Ce dernier aurait joué un rôle central dans plusieurs affaires ayant opposé le parti à certaines juridictions.
Lors d’une prise de parole publique, Sonko n’a pas caché son inquiétude : « Le profil retenu pour le ministère de la Justice ne nous inspire aucune confiance. Cet acteur a été directement impliqué dans des dossiers sensibles qui ont marqué nos relations avec le système judiciaire. » Ces propos reflètent la méfiance croissante au sein de son camp face à cette nouvelle configuration gouvernementale.
Le leader de Pastef a cependant adopté une posture prudente, choisissant d’observer les premiers mois d’activité du nouveau Garde des Sceaux avant de trancher définitivement. « Nous restons attentifs. Nous attendrons de voir les actes avant de nous prononcer. Mais nous saurons, le cas échéant, réagir depuis l’Assemblée nationale », a-t-il assuré, laissant planer une menace de contre-mesures politiques.
Une mise en garde adressée au Premier ministre
Les critiques de Sonko ne se limitent pas à Me Moussa Sarr. Le Premier ministre Al Amine Lô est également dans sa ligne de mire. Présenté comme un technocrate lors de sa désignation, il est accusé par Sonko de s’écarter de son rôle initial pour s’immiscer dans des jeux politiques qui dépassent son mandat. « Je lui demande de rester dans son rôle de technocrate. S’il a été choisi pour cela, il doit s’y tenir, sans chercher à influencer la scène politique », a-t-il déclaré avec fermeté.
Sonko a même évoqué des informations sur certaines actions menées par le chef du gouvernement, laissant entendre qu’il dispose de moyens de pression. « Je connais bien ses agissements. Par courtoisie, je me suis montré patient jusqu’à présent. Mais il ne faudrait pas qu’il pousse le bouchon trop loin », a-t-il prévenu, sans préciser la nature de ces « agissements ».
Des dissensions internes au sein de Pastef
Les tensions ne s’arrêtent pas aux portes du gouvernement. Ousmane Sonko a également pointé du doigt plusieurs responsables de Pastef ayant accepté des postes ministériels malgré les consignes du parti. Parmi eux figurent Balla Moussa Fofana, Ibrahima Sy et Yankoba Diémé. Selon lui, ces choix individuels, non validés par les instances du mouvement, constituent une trahison des valeurs collectives.
« Chacun de ceux qui ont rejoint l’exécutif l’a fait pour des raisons personnelles. Le moment venu, nous réglerons leurs comptes », a-t-il lancé, laissant planer le spectre de sanctions internes. Ces déclarations révèlent les fractures naissantes au sein même de Pastef, un parti qui peine à maintenir son unité face à l’attrait du pouvoir.
Ces premières salves de critiques dessinent un paysage politique déjà tendu autour du nouveau gouvernement. Mais c’est sans conteste la nomination de Me Moussa Sarr à la Justice qui cristallise les plus vives inquiétudes. Ousmane Sonko, bien que prudent, garde ses distances. Il attend désormais que les actes du nouveau ministre dissipent ou, au contraire, confirment ses craintes.
