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Niger : six journalistes harcelés pour leur travail

Publié le 13 novembre 202525 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Niger : six journalistes harcelés pour leur travail

Déclaration
Niger
Daniel Bernard via Unsplash

Le 2 novembre 2025, la police judiciaire de Niamey a interpellé six professionnels des médias, en violation flagrante de leur droit fondamental à l’information. Trois d’entre eux ont été placés arbitrairement en détention. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), au sein de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, condamnent avec fermeté ces manœuvres judiciaires à leur encontre et exigent des autorités du Niger leur libération immédiate et sans condition.

Écoutez cet articleEnviron 9 min

Des arrestations et inculpations motivées par des raisons politiques

Paris-Genève, 12 novembre 2025 – Dans la capitale du Niger, MM. Moussa Kaka (ancien correspondant de Radio France internationale et actuel directeur de Radio-télévision Saraounia), Abdoul Aziz Idé (journaliste au service Zarma de RTS), Ibro Chaibou (animateur du « club de la presse » et secrétaire de rédaction de RTS), Youssouf Seriba (directeur de publication de Échos du Niger), Oumarou Kané (fondateur de l’hebdomadaire satirique Le Hérisson) et Souleymane Brah (directeur de publication de La voix du peuple) ont été appréhendés puis inculpés de « complicité dans la diffusion d’informations de nature à troubler l’ordre public » selon les termes de l’article 31 de la loi sur la cybercriminalité (modifiée par l’ordonnance 2024-28 du 7 juin 2024). Leurs peines potentielles s’échelonnent entre deux et cinq ans de prison.

Le lendemain, le doyen des juges d’instruction du tribunal de grande instance hors-classe de Niamey a placé MM. Ibro Chaibou, Youssouf Seriba et Oumarou Kané sous mandat de dépôt à la prison de haute sécurité de Kollo, localisée à une cinquantaine de kilomètres au sud de Niamey. En contrepartie, MM. Moussa Kaka, Abdoul Aziz Idé et Souleymane Brah ont été libérés sous caution après des auditions de plusieurs heures, mais les poursuites à leur encontre persistent à la date de diffusion de cette déclaration.

Le fruit d’une couverture médiatique controversée

L’interpellation et l’inculpation de ces six journalistes découlent de la diffusion sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, d’une invitation destinée à Radio-télévision Saraounia pour couvrir un point de presse organisé par le « Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie » (FSSP) — entité créée par le régime militaire nigérien pour effectuer des prélèvements obligatoires auprès des salarié·es, des populations et des ONG, afin de soutenir l’armée dans sa lutte contre les groupes armés radicaux — ainsi qu’un débat intitulé « le club de la presse » prévu le samedi 31 octobre 2025 à 10h par la RTS.

Pour l’Observatoire, la simple diffusion ou organisation d’un débat autour d’une lettre d’invitation ne peut en aucun cas être considérée comme une infraction à la loi, et encore moins comme un motif de « trouble à l’ordre public ». Ces poursuites sont perçues comme une tentative d’intimidation à l’encontre des journalistes cités, et à un niveau plus large, une volonté de museler la presse au Niger. Ces actions violent manifestement l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) ainsi que l’article 9 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.

Un passé judiciaire chargé pour Moussa Kaka

Moussa Kaka a déjà fait l’objet de poursuites judiciaires de la part des autorités nigériennes. Le 23 septembre 2007, sous le régime de Mamadou Tandja, il avait été inculpé de « complicité d’atteinte à l’autorité de l’État » pour avoir été en contact avec le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) dans le cadre de son travail de journaliste. Il avait finalement été libéré en octobre 2008 après une détention de plus d’un an. À l’époque, la FIDH avait dénoncé avec véhémence cette incarcération jugée arbitraire. Par ailleurs, Radio France internationale, pour laquelle travaillait Moussa Kaka, avait été fermée par les autorités nigériennes en août 2023.

Un contexte post-coup d’État marqué par un rétrécissement de l’espace médiatique

Ces poursuites s’inscrivent dans un contexte postérieur au coup d’État du 27 juillet 2023 au Niger, caractérisé par un resserrement drastique de l’espace civique et des atteintes répétées aux droits fondamentaux de toute dissidence. Les libertés d’expression, d’opinion, d’association, de réunion et de manifestation sont systématiquement bafouées, notamment à travers des arrestations et détentions arbitraires de défenseur·es des droits humains, dont Moussa Tchangari, détenu arbitrairement depuis près de 12 mois.

Les cas de harcèlement judiciaire à l’encontre de journalistes ne sont pas isolés. Par exemple, les 7 et 8 mai 2025, MM. Hamid Mahmoud, Mahaman Sani et Mme Massaouda Jaharou, trois journalistes de la radio Sahara FM basée à Agadez, avaient été interpellé·es par les forces de l’ordre pour avoir relayé une information publiée par le site LSI Africa, évoquant une prétendue rupture de coopération en matière de renseignements entre le Niger, la Russie et la Turquie. Après leur libération ordonnée par le juge d’instruction le 9 mai 2025 en l’absence de charges, ils et elles avaient été de nouveau appréhendé·es et placé·es en garde à vue avant d’être transféré·es le 14 mai 2025 à la prison civile de Niamey. Le 13 juin 2025, le tribunal militaire de Niamey les avait inculpé·es d’« atteinte à la défense nationale » (articles 66 et suivants du Code pénal) et de « complot contre l’autorité de l’État » (articles 62 et suivants du Code pénal), avant de décider de la mise en liberté provisoire de Mme Massaouda Jaharou, tandis que MM. Hamid Mahmoud et Mahaman Sani étaient placés en détention préventive à la prison de Kollo. À ce jour, MM. Hamid Mahmoud et Mahaman Sani sont toujours détenus arbitrairement.

Les autorités nigériennes sommées d’agir

L’Observatoire exige des autorités du Niger qu’elles libèrent sans délai ni condition MM. Ibro Chaibou, Youssouf Seriba, Oumarou Kané, Hamid Mahmoud et Mahaman Sani, toujours arbitrairement détenus au moment de la publication de cette déclaration. Il demande également l’abandon immédiat de toutes les charges retenues contre eux, ainsi que contre MM. Moussa Kaka, Abdoul Aziz Idé et Souleymane Brah, et contre Mme Massaouda Jaharou.

L’Observatoire encourage par ailleurs les autorités nigériennes à engager une révision en profondeur de la loi sur la cybercriminalité, afin qu’elle soit pleinement conforme aux normes internationales des droits humains, en particulier aux dispositions de l’article 19 du PIDCP et de l’article 9 de la Charte africaine, qui protègent les droits à la liberté d’opinion et d’expression.

Une ordonnance controversée pour réprimer la presse

Le 7 juin 2024, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), organe militaire dirigeant le Niger, a adopté une ordonnance — l’ordonnance 2024-28 — modifiant la loi de 2019 sur la répression de la cybercriminalité. Cette modification a rétabli les peines d’emprisonnement pour des infractions comme les injures, la diffamation par voie électronique, ou la diffusion de données de nature à perturber l’ordre public. Dès l’adoption de cette ordonnance, la FIDH avait exprimé ses craintes quant à la possibilité que certaines de ces infractions soient interprétées de manière fallacieuse, notamment pour réprimer les défenseur·es des droits humains, y compris les journalistes, au Niger.

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Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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